Viol, les féministes face à leurs incohérences

Une tribune d’Anne Trewby parue sur le site internet de Valeurs Actuelles le 10 mars 2020, à retrouver ici.

Adèle Haenel a marqué la cérémonie des César en quittant la salle à l’annonce de la victoire de Polanski. Portée aux nues par certains, conspuée par les autres ; le traitement qui lui est accordé est symptomatique du débat public sur le viol, désormais préempté par la gauche.

L’actrice a relancé le débat il y a quelques semaines en accusant le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sur mineur dans un article de Médiapart, suivi d’un direct d’une heure avec Edwy Plenel le 4 novembre. L’enquête de sept mois qu’à menée le média sur l’affaire lève le doute sur la sincérité de l’actrice tant les témoignages sont nombreux et accablants. Autre particularité de l’affaire qui balaye les oppositions habituelles à ce genre de témoignages (encore une arriviste, une féministe qui veut se venger des hommes…), la victime est plus célèbre que l’accusé. Adèle Haenel n’a pas besoin de se « faire mousser » ; elle est déjà célèbre. Il y a au contraire de fortes chances pour qu’une grande majorité de la profession décide de la laisser sur le banc de touche après cette affaire, mais elle témoigne. Justement parce qu’elle se sait privilégiée.

Photo © BERTRAND GUAY / AFP

Pourquoi ne pas avoir porté plainte ? Adèle Haenel évacue la question avec quelques chiffres : seulement une plainte sur dix en France aboutit à une condamnation. Et il faut voir la légèreté de celles-ci… L’actrice a donc décidé de passer par le débat public pour faire parler du viol au-delà de son histoire personnelle.

Alors à l’instar d’Adèle Haenel, le viol, parlons-en. Depuis quelques années, le sujet a été mis sur le devant de la scène par les féministes – dont on retrouve l’influence dans le boulgi-boulga de concepts idéologues qui émaillent le discours de l’actrice sur Mediapart, pourtant si juste quant à la question du vécu des victimes. Parce que le sujet est préempté par les féministes, il est de ce fait balayé d’un geste comme mineur par tout un pan de la droite. Il est pourtant emblématique de la question de la différence des sexes et de la manière dont celle-ci est prise en compte par la société. Un combat profondément différencialiste en somme ! Un combat dont devrait au plus vite s’emparer la droite.

Le viol implique sur le plan des personnes une réification de la victime, dont l’agresseur se permet de disposer comme d’un objet. Il est un drame personnel, que la victime portera en elle toute sa vie – pas un crime de classe comme le suggère le pseudo-concept de « féminicide ». Ce n’est pas une catégorie de la société, une communauté, qui est attaquée, mais le sous-bassement symbolique même sur lequel se base toute société humaine, celui qu’implique la réalité de la différence sexuée.

Le féminisme indifférencialiste est à ce titre impuissant à rendre compte de la gravité du viol justement parce qu’il nie l’existence d’un féminin et d’un masculin différencié. C’est l’intime, le mystère même – notamment lorsque la victime est une femme puisque c’est par le même acte qu’elle porte potentiellement la vie, que profane le viol. Il atteint l’intégrité d’une communauté non seulement sur le plan personnel parce qu’il met en cause les origines d’un enfant potentiel, mais aussi et surtout parce qu’il nous met face à l’incapacité dans laquelle nous avons été de protéger la victime – ce rôle de protection étant symboliquement un rôle masculin, qu’importe qui l’assume en réalité.

Donc oui, il faut parler du viol, et il faut en parler d’autant plus que les féministes en parlent mal, réduisant le débat à une lutte des sexes, ou encore une simple lutte des classes quand il est plus encore le révélateur du degré de barbarie et d’anarchie dans lequel une société peut se trouver en ce qu’il en sape les bases symboliques les plus profondes. Nous devons d’urgence nous emparer de ce combat.

4 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    le passant

    Bonjour,

    Il me semble voir une contradiction dans votre discours, quand vous dite :
    « ce rôle de protection étant symboliquement un rôle masculin, qu’importe qui l’assume en réalité. »

    Si ce « n’importe qui » peut-être un homme ou femme pourquoi le qualifier de « masculin » ?

    • 2
      Anne Trewby

      Je vous renvoie à notre Café des Antigones sur la complémentarité dans lequel nous expliquons le fonctionnement des couples philosophiques traditionnels (chaud/froid, sacré/profane, masculin/féminin…); le masculin et le féminin existent indépendamment des questions de sexuation humaine ou animale

    • 3
      Anne Trewby

      Justement non, et c’est ce que nous expliquons dans la première partie d’émission sur le sujet qui figure sur notre chaîne YouTube et dont je vous mets le lien ici. Le couple masculin / féminin est un couple fondateur qui dépasse largement la question de l’humanité sexuée. Ce n’est pas parce qu’un geste est qualifié de masculin, ou un rôle symbolique, ou autre qu’il ne peut être posé ou incarné par une femme dans des circonstances occasionnelles et souvent exceptionnelles.

      Merci pour votre lecture et votre message, j’espère que notre émission nourrira votre réflexion sur la question !

      https://www.youtube.com/watch?v=SaxKPkQms_I&list=PLPby4TVpvzMtarYA2wi6vGhWyz6yrSDgQ&index=27

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