Féminisation des noms de métier, la grande manipulation

Le 19 février, l’Académie française annonce qu’elle est sur le point d’accepter la féminisation des noms de métiers. Ou plutôt la systématisation de cette féminisation, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

L’Académie française, créée par Richelieu en 1635 pour asseoir l’autorité de Louis XIII en contrôlant la production artistique et en régentant la langue, était à l’origine un instrument du pouvoir – et non la reconnaissance de l’autorité de fins lettrés dans le devenir de la nation. Rien n’a changé, nous vivons toujours sous un régime autoritaire à l’idéologie duquel l’Académie vient finalement de se conformer en acceptant la systématisation de la féminisation des noms de métier.

Rappelons que, dès 1935, l’Académie avait accepté de nombreuses féminisations commeartisanepostière ou encore avocate, car ces termes étaient déjà entrés dans l’usage et qu’ils étaient employés au quotidien. Elle n’avait alors fait que prendre acte de l’évolution de la langue, ce qui est sa mission. Or, elle la transgresse aujourd’hui en acceptant d’accueillir dans le dictionnaire des termes qui ne sont pas utilisés – a-t-on jamais entendu une cheminote, unecommise ou une reportrice1? Et qui ne reflètent pas non plus une réalité, les maçonnes n’étant pas légion. En effet, il ne s’agit plus de prendre acte de l’apparition de nouveaux mots, mais de forcer pour ainsi dire la langue, en systématisant un processus et, plus grave encore, dans un but politique et idéologique.

Idéologique tout d’abord, puisque ce projet est porté par de nombreux mouvements féministes contemporains. Comme toute idéologie, il ne s’agit pas d’observer le réel pour le comprendre, mais de plaquer sur lui une grille de lecture qui l’occulte partiellement – là où cela nous arrange. À partir du présupposé selon lequel les femmes sont opprimées par et dans la langue même, les féministes veulent agir sur celle-ci, quitte à ne pas la respecter, à la tordre et à la contrefaire. Quitte à nier l’usage, ou plutôt l’absence d’usage dans ce cas, pour tenter d’imposer un langage qui ne parle qu’à elles.

Politique ensuite, parce que nos élus au sommet de l’État soutiennent ouvertement l’idéologie féministe. En 1999, le gouvernement, en la personne de son premier ministre, Lionel Jospin, publie de sa propre initiative un Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions. A cela, l’Académie rappelle dans une déclaration de 2002 reprise en 2014 qu’« aucun texte ne donne au gouvernement « le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français ». Nul ne peut régenter la langue, ni prescrire des règles qui violeraient la grammaire ou la syntaxe : elle n’est pas en effet un outil qui se modèle au gré des désirs et des projets politiques. Les compétences du pouvoir politique sont limitées par le statut juridique de la langue, expression de la souveraineté nationale et de la liberté individuelle, et par l’autorité de l’usage qui restreint la portée de toute terminologie officielle et obligatoire. »

Nos « immortels » lettrés ont bien changé d’avis depuis…

Imposer l’usage de nouveaux termes n’est pas du ressort de l’Académie, ni du gouvernement : la langue évolue avec ceux qui la parlent, ceux qui l’habitent et l’animent au quotidien. Avec le peuple. Vouloir forcer l’évolution de celle-ci est contre-nature, conduira probablement à un échec retentissant et trahit une nouvelle tentative politique de manipulation, via le langage.


Juliette Chevalier

1Propositions du Guide d’aide à la féminisation des noms de métier, titres, grades et fonction. Disponible sur www.culture.gouv.fr.

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