L’écriture inclusive, qu’est-ce que c’est ?

 

Vous avez certainement déjà entendu parler d’écriture inclusive. C’est l’appellation qui regroupe les différentes réformes de la langue proposées par les mouvements féministes pour débarrasser le Français du sexisme. Voici un exposé rapide des principales propositions que recouvre l’expression.

Ce premier article de notre série dédiée à la question du langage se base sur une lecture croisée du Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, publié par le Haut Conseil à l’Égalité et des propositions d’Éliane Viennot, « professeuse de littérature française » et « auteure » de Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin.

 

Les réformes lexicales

La féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions a fait récemment la une de l’actualité, lorsqu’en février dernier sa systématisation a été acceptée par l’Académie française.
De même, la création de nouveaux pronoms est a beaucoup fait parler d’elle. Pour respecter et indiquer la présence des deux sexes, les groupes mixtes seraient désignés par le pronom « iels » et non « ils » ou « elles ». Cette question rappelle celle de la désignation des personnes « non-binaires » qui demande des pronoms spécifiques: ielles, celleux, ille, iel/yel ou ele mais aussi ul/ol, ael, im/em, etc.
Enfin, pour une meilleure représentativité des femmes dans le domaine politique les partisans de l’écriture inclusive proposent de remplacer « homme » par « humain » lorsque le mot désigne l’espèce humaine (en premier lieu dans la « Déclaration des droits de l’Homme ») et substituer à la « fraternité » de la devise nationale le terme « solidarité »[1].

 

Les réformes typographiques

Le point  médian est le nom du fameux « chèr.es étudiant.es » qu’on trouve dans des textes de plus en plus nombreux et qui soulève autant de polémiques. L’usage du point médian doit être « raisonné », c’est-à-dire limité aux cas où les désinences féminines et masculines ne diffèrent que de quelques lettres.
Il était pourtant déjà possible, dans les cas où la précision s’avérait nécessaire, d’ajouter un féminin et/ou un pluriel entre parenthèses. Alors pourquoi cette nouvelle proposition ? Le point  est préféré à la parenthèse sous prétexte que celle-ci dénigre ce qu’elle encadre, et au trait d’union qui sous-entendrait quant à lui un lien de dépendance.

 

Les réformes grammaticales

L’ennemi principal de l’écriture inclusive en termes de grammaire, c’est la prééminence du masculin. Cette règle célèbre selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin » serait remplacée par trois types d’accords :

  • L’accord de proximité qui consiste à accorder les adjectifs et les participes passés avec le nom le plus proche : on ne dirait plus « un fauteuil et deux chauffeuses sont apportés », mais « un fauteuil et deux chauffeuses sont apportées ». Ou encore : « les acrobates et les écuyères sont très belles dans leur costume ». L’usage était courant au Moyen-âge, et ce pendant des siècles.
  • L’accord selon le sens : la règle permettrait de s’adresser à une assemblée composée majoritairement de femmes en employant le féminin. Madame Viennot donne pour exemple : « Cent trente infirmières et trois gendarmes ont été blessées ».
  • L’accord des participes antéposés avec leur agent: on écrira ainsi « vue ma fatigue » ou encore « tout le monde est là, exceptée ton amie », « vu » et « excepté » étant  normalement invariables.

Il est à noter que, contrairement aux autres propositions, celles-ci sont impossibles à appliquer actuellement sans contrevenir aux règles qui ont cours et ne sont donc pas utilisées.

Enfin, les partisans de l’écriture inclusive proposent d’opter pour l’ordre alphabétique dans une énumération. La galanterie consistant à nommer d’abord la femme étant perçue comme une oppression, on dira: « l’égalité femme-hommes », mais on maintiendra « Mesdames et Messieurs ». quant à la suppression des expressions sexistes proposée par Le Guide  pratique du Haut Conseil à l’Égalité, elle est déjà bien avancée puisque les termes « mademoiselle », « nom d’épouse » ou encore l’expression juridique « en bon père de famille » ont déjà été bannis des textes officiels par la loi-cadre Egalité Femmes-Hommes

[1] Débat qui dépasse la question du genre : « fraternité » renvoie à la famille ou à une communauté proche, tandis que « solidarité » est plus universaliste.

Juliette Chevalier

 

 

 

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