Une femme sur dix atteinte d’une maladie rendant stérile, la faute à qui ?

L’endométriose, nouvel indice de la morbidité capitaliste

 

Le mois de Mars est  consacré à une maladie peu connue appelée endométriose, touchant 1 femme sur 10. A l’exception d’un article dans Elle[1] et d’un autre dans Closer[2], ce mois est passé inaperçu. Pourtant, Julie Gayet elle-même s’est faite porte-parole pour que « l’endométriose ne soit plus un tabou », aux cotés de la gynécologue Chrysoula Zacharopoulou.

L’endométriose est une maladie caractérisée par la présence de tissu utérin – ou tissu endométrial – en dehors de la cavité utérine. Il s’agit d’une maladie extrêmement douloureuse et évolutive en quatre phases, dont la dernière est la stérilité. Les symptômes vagues et divers retardent souvent le diagnostic : règles douloureuses et abondantes, surtout vers le troisième ou quatrième jour du cycle ; cycles perturbés – la douleur peut varier dans sa date, sa durée et son apparition par rapport aux règles et même sa localisation : pelvis, abdomen, lombaires, etc. – douleurs pendant les rapports sexuels ; apparition de kystes ; intenses crises de fatigue, de douleurs en urinant pendant les règles, de ballonnements douloureux pendant les règles, ainsi que de troubles gastro-intestinaux comme des diarrhées, constipation, nausées…

Elle affecte environ 10 % des femmes, et elle est retrouvée chez près de 40 % des femmes qui souffrent de douleurs chroniques pelviennes, en particulier au moment des règles[3]. Il s’agirait de la première cause de stérilité féminine.

 

Un « mystère » peu étudié

 

Cette maladie est très peu étudiée et médiatisée, comme le souligne la gynécologue, qui en déduit à demi-mots que cet oubli est dû au fait que l’endométriose est une maladie strictement féminine. « Pour quelle raison, lorsqu’une femme souffre pendant ses règles, on lui renvoie que c’est psychologique ? Pourquoi n’est-elle pas prise au sérieux jusqu’à ce qu’elle se retrouve aux urgences avec un kyste ou qu’elle ne puisse plus avoir d’enfants ? Pourquoi se passe-t-il en moyenne sept ans entre la première fois qu’elle consulte et le diagnostic ? »

Imany explique : « Au départ, j’étais réticente à parler de moi, car c’est très intime. Mais quand une maladie n’existe pas socialement, les médecins ne sont pas formés, les chercheurs ne sont pas financés, les laboratoires ne cherchent pas de traitement. »[4]

Au-delà de la désinformation des femmes et des médecins et du caractère intime de la maladie, une autre dimension du problème choque : « Les laboratoires ne cherchent pas de traitement », alors même que 10% des femmes seraient susceptibles d’en bénéficier… La documentation accessible pour le grand public sur cette maladie se limite au traitement des symptômes, la cause étant qualifiée de « mystérieuse[5] ». Par exemple, les chercheurs qui se préoccupent de l’endométriose se concentrent notamment sur les possibles mutations génétiques qui seraient la cause de cette maladie, sans résultat probant.

 

Une maladie de civilisation ?

 

Ce n’est donc pas que  la misogynie des chercheurs qui est en cause… mais l’origine de cette maladie : les rares études étiologiques tendent à identifier des causes environnementales à l’origine directe ou indirecte (mutations génétiques) de cette maladie. Ces études retiennent trois facteurs de risque : les perturbateurs endocriniens, les dioxines et le stress oxydatif. La cause ne serait donc pas si mystérieuse, il s’agirait tout simplement d’une « maladie de civilisation ». Pour faire disparaitre les causes, il faudrait revoir notre mode de vie capitaliste et mondialisé, qui profite aux industries pétrolières et à l’industrie pharmaceutique et cosmétique. Le silence autour de cette maladie pourtant grave et fréquente s’explique donc simplement par l’impunité des coupables, tous ceux qui profitent de ce mode de vie, décideurs et influenceurs qui ne souhaitent pas voir leur hégémonie remise en question.

 

  • Les perturbateurs endocriniens

Concernant la mise en cause des perturbateurs endocriniens : l’étude « reproduction et environnement » menée par l’Inserm en 2010 est plus qu’inquiétante à ce sujet, tant concernant l’endométriose que la stérilité en général. Pour ne citer que les conclusions (timides) de cette étude, concernant l’endométriose :

« Un lien entre une exposition au bisphénol A in utero et des lésions de l’endomètre (de type endométriose) est suspecté. »

« Chez les femmes, peu d’études ont évalué le rôle possible de l’exposition aux phtalates sur la santé reproductive. Seul le risque d’endométriose a été spécifiquement évalué et les preuves apportées par ces quelques études de l’existence possible d’un lien entre phtalates et endométriose sont insuffisantes. Les effets de l’exposition aux phtalates sur la fonction ovulatoire et certains niveaux hormonaux (oestradiol, progestérone, LH, FSH) suggérés dans les études animales ne sont pas les mêmes chez la femme. »

Cette étude ne concerne que l’exposition de l’homme au phtalates et au bisphénol A qui sont deux perturbateurs endocriniens parmi des dizaines… elle est donc parcellaire et limitée, elle ne prend pas en compte l’effet cocktail – or les perturbateurs endocriniens sont présents partout, des cosmétiques à la literie en passant par les emballages et objets en plastique.

De plus, les recherches sont effectuées sur des rongeurs, ce qui minore largement la validité des résultats.

L’étude conclut ainsi : « Des effets épigénétiques induits par des perturbateurs endocriniens présents dans l’environnement ont été mis en évidence, illustrant l’impact potentiel de ces perturbateurs sur la programmation de la reproduction, par altération de la gonade, du tractus génital ou des cellules germinales. Cependant, ces études sont très limitées, en termes de couverture génomique (quelques gènes cibles ont été choisis pour leur implication physiologique) et de l’étendue des défauts identifiés. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’analyse non biaisée et à grande échelle d’anomalies épigénétiques induites in utero par l’exposition à de tels facteurs. »

  • Les dioxines

Les dioxines quant à elles sont inculpées par une étude intitulée « Dioxin may promote inflammation-related development of endometriosis », datée de mai 2008, réalisée par les professeurs Kaylon L. Bruner-Tran, Ph.D., Grant R. Yeaman, Ph.D., Marta A. Crispens, M.D., Toshio M. Igarashi, M.D., Ph.D., Kevin G. Osteen, Ph.D. Quelques mois plus tard, ses résultats seront contredits par une étude en sens contraire. Si l’inculpation des dioxines était justifiée, alors le déclencheur d’endométriose serait présent partout dans notre environnement moderne. On trouve leur présence notamment dans les tampons. Une étude genevoise[6] montre que sur 723 produits non conformes à la législation en vigueur, dont les taux autorisés sont estimé comme étant encore trop élevé, 370 de ces produits sont des jouets pour enfant, 145 sont des objets usuels, 55 des denrées alimentaires, 117 des cosmétiques, 36 des textiles.

FOCUS SUR LES DIOXINES

Par « dioxines », on désigne les polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD) et les polychlorodibenzofuranes (PCDF) qui sont des composés aromatiques tricycliques chlorés. Il existe un grand nombre de combinaisons différentes liées au nombre d’atomes de chlore et aux positions qu’ils occupent : 75 PCDD et 135 PCDF. Les 17 dioxines toxiques comportent un minimum de quatre atomes de chlore occupant les positions 2,3,7 et 8. Le plus toxique est la 2,3,7,8 tetrachlorodibenzodioxine (TCDD).

Les dioxines sont d’une très grande stabilité chimique et physique qui, avec leur caractère lipophile, explique qu’ils se concentrent au long des chaînes alimentaires (notamment dans les graisses, le lait) au bout desquelles peut se trouver l’espèce humaine. La principale voie de contamination humaine par les dioxines est l’ingestion d’aliments, qui contribue pour plus de 90 % à l’exposition globale. La 2,3,7,8 TCDD est l’un des composés chimiques les plus toxiques sur l’animal, mais les doses létales 50 (DL 50) varient de façon considérable selon les espèces. Elles s’échelonnent ainsi de 0,0006 mg/kg chez le cobaye à 3 mg/kg chez le hamster.

Les théories mettant en cause le stress oxydatif à l’origine de l’endométriose tirent des conclusions similaires. A l’hôpital Cochin, une équipe Inserm dirigée par Frédéric Batteux, en collaboration avec Charles Chapron[7], vient en effet de montrer que les formes sévères de la maladie gynécologique sont associées à un stress oxydatif important. Leur travaux suggèrent qu’en bloquant ce phénomène, on pourrait inhiber la prolifération des cellules endométriales[8].

  • Le stress oxydatif

Le stress oxydatif est phénomène lié au fait que notre organisme produit en permanence des substances toxiques pour nos cellules : les radicaux libres. Normalement, un système de détoxification permet de s’en débarrasser. Mais il arrive que ce système ne soit pas suffisant. Les radicaux libres vont alors s’accumuler et causer des dégâts : c’est le stress oxydatif, impliqué dans les maladies cardiovasculaires, la maladie d’Alzheimer et de certains cancers[9]. Parmi les causes de ce stress, nous pouvons citer : alcool, tabac, déséquilibre alimentaire, sucre raffiné, ensoleillement, rayonnements, pollution, pesticides, toxines, infections, médicaments, surmenage, manque d’activité physique.

  • D’autres pistes ?

D’autres pistes sont naturellement exclues de la recherche, comme par exemple les perturbateurs hormonaux type pilule contraceptive ou pilule du lendemain… ou encore avortements répétés. Le docteur CHARPON présent lors du congrès mondial de l’endométriose a pourtant réalisé une étude montrant la corrélation entre la prise de pilule et l’endométriose. Celle-ci n’y est encore envisagée que comme un facteur aggravant parce que masquant les symptômes.

 

Conclusion

Les coupables restent donc les mêmes. Les femmes ne sont donc pas victimes du vilain patriarcat en la personne de chercheurs et médecines misogynes, mais d’un immense déni dû au fait que ces pathologies sont, selon Renée Dubos agronome et biologiste Francais, des « maladies de civilisation », ou plus précisément les conséquences directes sur la santé humaine de la société industrielle, du capitalisme[10].

 

 

[1]http://www.elle.fr/Societe/News/Endometriose-la-fin-du-tabou-3051796

[2]http://www.closermag.fr/people/people-francais/julie-gayet-s-engage-contre-l-endometriose-596070

[3]http://www.inserm.fr/thematiques/biologie-cellulaire-developpement-et-evolution/dossiers-d-information/endometriose

[4]http://www.elle.fr/Societe/News/Endometriose-la-fin-du-tabou-3051796

[5]http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2002/sem02/mag1213/dossier/sa_6026_endometriose_kesako.htm

[6] D’après une étude de la REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE, Département des affaires régionales, de l’économie et de la santé

[7]unité 1016 Inserm/CNRS/Université Paris Descartes, Institut Cochin, Paris

[8]http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-recherche/le-stress-oxydatif-nouvelle-cible-contre-l-endometriose

[9]http://www.stress-oxydatif.com/stress_oxydant/prevention.shtml

[10]https://www.youtube.com/watch?v=rlMvT8S9scE

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