Education & sanction, l’hypocrisie contemporaine

Eduquer sans punir, un objectif avéré des méthodes d’éducation bienveillantes, qui a donné lieu à un texte de loi (loi n°2019-721). Cette loi dite « loi fessée » affirme dans le flou le plus total que « L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques». Toute sanction est-elle une violence ?

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Eduquer sans punir, un objectif avéré des méthodes d’éducation bienveillantes, qui a donné lieu à un texte de loi (loi n°2019-721). Cette loi dite « loi fessée » affirme dans le flou le plus total que « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques». S’il semble évident que la violence n’est pas un bienfait éducatif en elle-même, le texte de loi se contente d’amalgamer chiffres et exemples de maltraitances potentielles sans nuances. Cette confusion pose la question de la place de la sanction, notamment physique, dans l’éducation. Toute sanction est-elle une violence ? Une éducation peut-elle se concevoir sans sanction ? Tentons ici de démêler ces enjeux qui engagent autant nos pratiques personnelles que le politique lui-même.

L’éducation positive a son cas d’école : l’enfant qui se roule par terre au supermarché pour obtenir l’article convoité. On y voit qu’il faut reconnaitre les émotions de son enfant (ok), le contenir (très bien). Et puis ? Rien, pas le moindre signe de l’adulte pour signifier à l’enfant que ses cris dérangent, qu’un tel comportement en public n’est pas tolérable. Et c’est bien là que le bât blesse, car comment apprendre à l’enfant à se comporter en société sans lui signifier que certains comportements sont indésirables ? Ce n’est pas tant la nature de la sanction qui importe ici, les styles éducatifs sont aussi divers que les personnalités parentales, mais son bien-fondé. Un des objectifs de l’éducation est de permettre à l’enfant de devenir un adulte apte à vivre en société, et capable donc de se comporter, d’exprimer ses émotions, son accord ou son désaccord, d’une manière acceptable et adaptée au contexte.

Le petit enfant doit être éduqué ; il ne connait pas en venant au monde les lois ni les règles d’une vie ordonnée. Ces limites assortissent les comportements indésirables à des sanctions. La sanction vient renforcer la condamnation verbale de l’acte et « imprimer » en quelque sorte la leçon. Nous sommes des êtres incarnés, de simples déclarations ne suffisent pas à interdire, une limite physique est parfois nécessaire (la confiscation d’un jouet lors d’une utilisation dangereuse par exemple, ou encore l’isolement de l’enfant qui cherche à frapper). Les sanctions, c’est-à-dire les mesures réprimant un comportement, sont un moyen d’accompagner l’injonction verbale par une participation du corps. Nous sommes faits de chair, et notre apprentissage n’est pas purement cognitif.

Pour obtenir d’un enfant des comportements (définis par les règles quotidiennes, et les lois sociales), l’éducation use de différents moyens, parmi lesquels la sanction. On peut débattre sur les moyens de valider ou d’invalider certains comportements, être pour ou contre la fessée, le coin, considérer comme une violence telle ou telle sanction, mais la part corporelle de ces moyens semble indéniable, et il est malhonnête de faire la confusion entre sanction et maltraitance.

La violence, est définie par le dictionnaire Larousse comme une « contrainte, physique ou morale, exercée sur une personne en vue de l’inciter à réaliser un acte déterminé».  L’éducation en est emplie… et les méthodes qui proposent d’éduquer sans sanction ne préparent guère à un monde adulte qui en est rempli. Comment une personne qui n’a reçu aucune limite répondra plus tard à l’océan de contraintes de la vie en société ? La prison lorsque l’on enfreint certaines lois, la saisie de ses biens lorsque l’on s’endette, le licenciement lorsque l’on ne satisfait pas aux exigences professionnelles, toute conduite sociale est assortie de sanctions lorsque le cadre n’est pas respecté.

Les méthodes d’éducation bienveillantes, en positionnant les parents comme a priori potentiellement violents et irresponsables, contribue à la déresponsabilisation générale de la population. La famille, rappelons-le, est la cellule pré-politique de base de la société. Le pouvoir politique est une forme de délégation du pouvoir de la figure symbolique du père de famille. En s’érigeant en juge des choix éducatifs des parents, l’Etat opère une forme de confiscation du pouvoir politique des familles, jetant les germes d’une société totalitaire.

L’Etat, lui, ne se prive pas de prévoir à tout va des sanctions à l’encontre des parents qui refusent de se voir confisquer leurs responsabilités éducatives. La vaccination obligatoire, l’interdiction d’instruire en famille, sont autant d’exemples de ces violences politiques que l’Etat multiplie désormais à l’encontre des parents. Pour permettre un débat réel sur les pratiques et les méthodes éducatives, il convient ainsi d’abord que l’Etat reste à sa place et rende aux parents la pleine latitude des moyens pour exercer eux-mêmes leur responsabilité éducative.

 

Adélaïde

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