Violences faites aux femmes, la grande arnaque

Ce 24 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, plusieurs mouvements féministes ont appelé à une grande marche de protestation des femmes sous la bannière #noustoutes. L’opinion d’Antigones sur le confusionisme à grands coups de hashtags.

Manifestation contre les violences subies par les femmes, le 29 septembre. Photo © SEVGI/SIPA

Qui pourrait contester l’importance de lutter contre les violences faites aux femmes ? Nous avons nous même plus d’une fois abordé le sujet. Violences sexuelles, désastre sanitaire que représentent la pilule et l’avortement, violences obstétricales et gynécologiques, périodiques toxiques, précarité sociale et économique… elles sont aussi diverses que les situations des femmes en France. La différence entre notre combat et celui des féministes conventionnelles, c’est l’analyse du mécanisme de ces violences, les hypothèses qui les sous-tendent et par conséquent les solutions politiques à y apporter.

La journée du 24 novembre et son avatar du moment, le mouvement #noustoutes, sont symptomatiques de la pensée féministe contemporaine en France qui  pose le sexisme comme donnée intrinsèque à toute vie sociale. Si certaines affirment avoir dépassé la dialectique de la « lutte des sexes », la sexuation n’en n’est pas moins devenue une grille d’analyse du jeu social quasi-indépassable. Le monde du travail, l’insécurité dans la rue, les violences dans les familles ne sont plus analysées qu’à travers ce prisme essentialisant, au détriment de toute prise en compte d’un contexte social, économique, culturel et politique des bourreaux comme des victimes.

Or, puisqu’il semble qu’il faille désormais rappeler l’évidence, les femmes ne sont pas les seules victimes. Que les statistiques leur donnent la première place n’empêche pas que des hommes aussi puissent être victimes de harcèlement, vols, agressions et même parfois viols. La distinction mais tient à la nature des violences faites aux femmes, qui leur sont pour beaucoup spécifiques, qualitativement autant que quantitativement. Oui, il existe des violences spécifiques faites aux femmes et oui, il convient d’y trouver des solutions spécifiques.

En mélangeant dans un grand amalgame toutes les violences dont les femmes peuvent être victimes, qu’elles leur soient spécifiques ou non, qu’elles relèvent du crime, du délit ou des bonnes mœurs, on rend impossible toute prise de mesure concrète, qui prendrait en compte la spécificité de chacune de ces violences et la diversité des bourreaux comme des victimes. En lieu et place, on préfère sanctuariser une date du calendrier. Le 24 novembre, c’est l’introduction de la sexuation pensée comme mobile de crime pour l’éternité, la justice rendue à coup de hashtags, de dénonciations arbitraires et d’atermoiements idéologues. C’est finalement bien pratique. Nous n’aurons ainsi pas à affronter de front la déliquescence croissante du système judiciaire français, entre insécurité croissante et peines de prison à peine appliquées.

La question des violences faites aux femmes est cruciale non pas parce qu’elle relève d’une lutte des opprimés mais parce qu’elle est le révélateur de la déliquescence de nos sociétés : abordées de front, elles obligent à une remise en question des conditions économiques actuelles, de certains présupposés et pratiques de la médecine moderne, de la morale et des modèles familiaux contemporains comme des politiques sociales et migratoires européennes. Alors non, Antigones ne manifestera pas le 24 novembre. Nous nous contenterons de continuer à sensibiliser les hommes comme les femmes à ces questions au nom du destin commun que nous partageons au-delà de notre sexuation.

Article publié sur le site de Valeurs Actuelles le 24 novembre 2018

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