Un enfant quand je veux, mais pas trop cher

Le présent article est la transcription de la chronique d’Anne Trewby et Iseul Turan pour le Café des Antigones en mai 2019 que vous pouvez retrouver en version audio ici ou ici

Dimanche dernier, c’était la fête des mères. Nous avons eu droit pour l’occasion aux lamentations des militantes féministes quant à l’image terrible des sexes que donne cette fête aux relents sulfureux. Il faut se rendre à l’évidence, elle renvoie à une vision passée de la maternité, bien éloignée du « droit à l’enfant » qui prime désormais.

Si nous déplorons volontiers avec les féministes la vision aussi caricaturale des sexes que propose désormais le marketing et ses promotions sur des cuits-vapeur, nous ne pouvons souscrire avec elles à l’hypothèse selon laquelle elle serait le résultat de siècles d’oppression patriarcale. Bien au contraire, nous aurions tendance à croire qu’elles ont participé au grand arasement de la pensée qui n’a laissé des femmes et des hommes que leurs avatars les plus caricaturaux.

Ce sont elles qui criaient au scandale face à la sacralisation de la maternité dans les sociétés anciennes. Ce sont elles qui relisent l’histoire pour ne montrer des femmes que les difficultés qui ont pu leur être faites. Ce sont elles encore qui ont fait du foyer un lieu honni à fuir à tout prix. Ces militantes pleines de bons sentiments ont finalement sapé elles-mêmes des modèles d’accomplissement personnel multimillénaires faute de bien les comprendre pour laisser place au désastre de la pensée que représente le marketing.

D’autres vont plus loin : ces fêtes seraient discriminatoires envers les familles qui ne suivent pas le modèle papa – maman. Ces tristes sires n’ont décidément rien compris !

Pourquoi a-t-on de tous temps célébré les mères ? Parce qu’elles donnent vie aux générations futures, dont elles assument en grande partie la charge morale et physique – et ça un meilleur partage des tâches domestique n’y pourra jamais rien. La mère est celle par qui la société se renouvelle et perdure.

Célébrer la maternité, ce n’est en aucun cas l’imposer à toutes les mères. C’est célébrer un état de vie particulier, qui nait dans une potentialité du corps féminin pour s’actualiser dans un rôle social essentiel à la survie de tous. La gloire qu’on accorde aux mères dans certaines civilisations, le mono jour de fête qu’on leur concède désormais, ne s’explique pas par la supériorité des mères sur les autres femmes mais par la particularité de leur situation.

La situation objectivement différente d’une femme enceinte ou d’une femme qui a charge d’âme légitime des dispositions juridiques et économiques spécifiques en leur faveur, des inégalités protectrices. Place assise dans les transports, protection au travail, justice salariale, calculs de retraite spécifiques, aides aux mères célibataires ou au foyer… Ces dispositions ne sont pas attachées à la personne qui en bénéficie, ni à son sexe, mais à sa situation particulière et, à la vulnérabilité qu’elle présente et aux responsabilités qui l’accompagnent.

L’opinion publique refuse désormais aux mères ces protections particulières et l’Etat grignote tant qu’il peut leurs responsabilités sous prétexte que la maternité serait un simple choix personnel, un choix de vie individuel pour accéder au bonheur. On fait désormais des enfants – ou on n’en fait pas d’ailleurs – pour être heureux ! Et si on considère qu’on a besoin de faire un enfant pour être heureux, on le fera à tout prix. PMA, GPA, peu importe tant qu’il y a bébé à la clef.

La boucle est bouclée : la maternité n’est plus une donnée naturelle, potentialité du corps des femmes actualisée par l’acte procréateur d’un couple sexué, mais un nouveau marché, une expérience consommable à laquelle chacune aurait droit. A ce titre, il serait légitime qu’une fois la loi sur la PMA pour toutes passée, on remplace la traditionnelle fête des mères par l’anniversaire de cette victoire du progrès et des bisous sur l’obscurantisme et les méchants.

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