Burkini, bikini ou monokini – Le choix d’Antigone

Les dernières élections présidentielles ont vu l’émergence d’un thème qui préoccupe de plus en plus les Français, celui de la sécurité. Avec la menace terroriste, le sujet vient cristalliser les angoisses, et devient prétexte à des lois et arrêtés de plus en plus liberticides. Depuis Merah, Charlie Hebdo ou le Bataclan, les libertés publiques, jugées trop dangereuses par certains, trop secondaires par d’autres disparaissent une à une. La récente polémique autour de la question du « burkini » est un nouvel exemple, d’autant plus pertinent pour les Antigones qu’il concerne à la fois la question des libertés et la question féminine.

Cet été, les Français ont vu se multiplier sur les plages une nouvelle tenue qui leur était inconnue, le burkini, une tenue de baignade entièrement couvrante inventée par une Australienne pour permettre à celles qui le souhaiteraient de profiter d’un bain de mer sans pour autant avoir à trop se dévêtir. Arboré majoritairement par des femmes musulmanes souhaitant préserver leur pudeur, ce vêtement s’est vite retrouvé au centre d’un débat. Qui est devenu une polémique lorsque des mairies ont brandi l’argument de la laïcité pour justifier des arrêtés administratifs interdisant ledit vêtement, prétextant le motif de trouble à l’ordre public. À la fin du mois d’août, le Conseil d’État les a finalement déclarés anticonstitutionnels.

L’affaire est un bel exemple du mécanisme à la fois politique et médiatique à l’œuvre derrière la récente multiplication de lois liberticides en France. Face à la crainte du terrorisme, c’est d’abord la communauté musulmane dans son ensemble qui devient suspecte, puis toute forme de manifestation religieuse dans l’espace public. Les citoyens bradent leur liberté sur l’autel illusoire de la sécurité, acceptant que l’État les surveille, les filme et analyse leurs comportements, espérant qu’en sacrifiant la liberté de tous, certains soient empêchés de nuire.

 

Liberté d’expression et sûreté d’État

Il est tout de même amusant de constater que les médias, il y a encore quelques mois, appelaient les Français à « être Charlie », à défiler dans la rue pour la liberté d’expression et à changer leur photo de profil Facebook en ce sens. Aujourd’hui, ils sont en première ligne pour oser des propositions totalement impensables il y a quelques années encore, telles la censure d’internet ou l’incarcération d’office de tout « ennemi potentiel de la République ». Pour faire prendre la sauce, on nous a dressé le portrait du nouvel ennemi du genre humain : le « fiché S ». Celui-ci, dans l’imaginaire médiatique, est un homme jeune, barbu, et dont l’historique Google révèle nécessairement un fort penchant pour les explosifs.

Pourtant, à y regarder de plus près, ces fameux fichés S, semblent bien inoffensifs : anciens communistes de papier, jeunes écolos idéalistes, artistes subversifs et marginaux de tout poil. Ou sincèrement engagés dans de justes causes : lanceurs d’alerte, médecins objecteurs de conscience, élus fatigués des affaires de corruption dont ils ont été témoins, etc. Nous sommes bien loin des fameux barbus poseurs de bombes ! Ces fichés S sont en réalité tous ceux qui menacent non la sécurité de la République, mais l’essence du système tel qu’il existe, ces grains de sables que sont les historiens, les écrivains engagés, les vrais journalistes ou encore les militants sincères. Plus que limiter les risques d’attentats, embastiller les fichés S, c’est réduire la liberté de ceux qui abordent les questions qui fâchent, celles d’utilité publique et qui pour l’immense majorité n’ont aucune relation avec le terrorisme.

 

Liberté éducative et contrôle des consciences

Certains objecteront que la surveillance généralisée est bien nécessaire pour permettre à l’État de débusquer les terroristes. À ceux-là nous répondons que surveiller les opinions n’est qu’un premier pas vers la volonté de contrôler les consciences. Et si la France de 2016 n’est pas encore totalement le monde que décrit George Orwell dans son célèbre ouvrage 1984, on en trouve pourtant les prémisses dans son arsenal législatif.

Prenons cette fois l’exemple les récentes propositions de loi en matière d’éducation. Prétextant le danger terroriste, Najat Vallaud-Belkacem du côté du Parti socialiste et Eric Ciotti du côté des Républicains, s’accordent pour proposer de mieux contrôler les écoles hors contrat. Ils ne leur permettraient d’exister qu’à condition de sacrifier leur spécificité sur l’autel des « valeurs républicaines ». Quant à l’instruction en famille, elle serait tout bonnement interdite. À l’instar du récent amendement interdisant la fessée — soulignons que le mauvais traitement et les violences des parents sur les enfants font déjà l’objet d’une loi pénale suffisante — l’État Big Mother s’immisce dans les foyers et infantilise les parents pour un meilleur contrôle des enfants.

 

Islamo-paranoïa et liberté religieuse

Revenons à la fameuse question du burkini qui révèle, elle aussi, à quel point trop de Français sont prêts à sacrifier leur liberté au nom d’une vague promesse de sécurité, et jusqu’à leur liberté religieuse. Pourquoi le burkini a-t-il été attaqué ? Quoiqu’on puisse en penser, il ne s’agit que d’une bête pièce de tissu et de la volonté de quelques-unes de préserver leur pudeur face à une société hyper sexualisée. Le burkini ne présente en lui-même aucun danger, aucune menace à la sécurité des autres plagistes. Il n’est que le symptôme des fractures profondes qui traversent notre société. Et c’est parce qu’il a été associé à la religion musulmane qu’il a été si violemment attaqué. Ce qui gêne dans l’affaire, c’est ce qu’elle dit de notre société et des limites du multiculturalisme.

L’islamo-paranoïa devient aujourd’hui une arme qui sert la volonté de quelques-uns de détruire toute appartenance religieuse : on parle de « loi sur le voile » pour désigner une loi qui s’attaque en réalité à tous types de signes religieux ostentatoires. Or si le col romain ne gêne que peu lorsqu’il surplombe une chemise gris passe-muraille, il devient pour certains un peu trop visible lorsque c’est une soutane qu’il vient couronner. Accepterez-vous, lorsqu’il siéra au gouvernement du moment de faire disparaître ce qu’il reste de notre passé chrétien, de sacrifier bonnes sœurs et curés pour faire disparaître voiles et burqas ? Alors que, derrière cet écran de fumée, continuent de recruter les prêcheurs radicaux…

La religion est devenue pour notre gouvernement la source de tous les maux, et face à l’islamisation du territoire, les Français ne trouvent rien à redire à l’accumulation des lois anti-religieuses. Loin de protéger nos enfants, ces lois ne serviront qu’à leur construire une société dans laquelle toute croyance qui ne serait pas celle du Divin Marché sera envisagée comme un ennemi à combattre. Pour la gauche faisant la chasse au fait religieux depuis la Révolution française, cette problématique est du pain béni pour éradiquer définitivement toute forme de spiritualité au profit d’une société libérale libertaire. Pour la droite au service de l’Union européenne et de sa course frénétique au libéralisme économique, l’islamo-paranoïa est l’excuse pour ne plus parler des frontières.

 

Libertés politiques et souveraineté nationale

En effet, l’organe qui menace aujourd’hui de plus en plus fortement vos libertés, ce n’est ni François Hollande ou le Parti socialiste, mais l’Union européenne, à laquelle obéissent politiciens de droite comme de gauche, convaincus ou contraints, mais toujours soumis.

Ainsi, bien que la liberté d’entreprendre ou l’imposition soient des questions clef en période de crise économique, la France n’est aujourd’hui plus souveraine dans ces décisions. Celles-ci étant gérées entièrement par l’Union européenne, comme le prouvent les récentes lois sur ces sujets. La loi Travail comme la loi Macron n’étaient ainsi que la transcription dans la législation française des recommandations européennes en matière économique, au détriment d’ailleurs des spécificités nationales.

Si vous n’êtes pas convaincu de la nocivité de ces lois, que nous expliquons dans d’autres textes qui se trouvent sur notre site internet, subsiste la question de vos finances personnelles. L’Europe prévoit, en vue d’harmoniser l’impôt dans ses pays membres, de préconiser le prélèvement à la source. Lorsque le temps sera venu pour la France d’aligner ses lois fiscales sur les directives européennes, cela signifiera la destruction d’une spécificité protectrice des familles qu’est le foyer fiscal. Par ailleurs, avec la mise en place d’un tel système d’imposition, votre employeur sera informé des revenus complémentaires à votre travail salarié que vous percevez, et en tirera certainement les conséquences en matière de traitement. L’Union européenne, qui prévoit par ailleurs que les États membres puissent ponctionner 10 % de l’épargne de ses citoyens pour renflouer les caisses en cas de crise, n’est contrairement aux apparences, absolument pas un rempart protégeant les libertés économiques.

La polémique autour du port du burkini met ainsi en lumière à quel point la lutte contre la radicalisation engagée par l’État devient un prétexte à des lois de plus en plus liberticides. Or, lorsque vous le laissez restreindre vos libertés, vous ouvrez la voie à un État de plus en plus omniprésent, omnipotent et susceptible de se retourner contre vous personnellement, comme le prouvent les propositions de loi sur les écoles hors contrat. La surenchère autour des questions sécuritaires apparaît comme un écran de fumée, masquant les véritables questions que refusent de se poser ceux qui nous gouvernent. D’un point de vue féminin, si ce n’est féministe, que l’État ou une mairie interdise à des femmes telle ou telle tenue pour se baigner relève du délire. Si le burkini est bien un vêtement revendiquant une identité et une religion, une volonté de se démarquer du « vivre ensemble » que l’on cherche à nous imposer, devons-nous légiférer sur un vêtement ? N’est-ce pas plutôt ces théories assimilationnistes dont on observe aujourd’hui les limites qui devraient faire polémique et toutes les autres questions posées par le phénomène migratoire ? Demain, l’État interdira t-il la robe blanche comme revendication d’appartenance au mouvement féminin des Antigones ? Les mariées elles-mêmes devront-elle adopter une robe politiquement plus correcte ?

 

Cette tribune a été publiée dans le 3e numéro du jeune magazine France 

France n°3 (décembre 2016)

France n°3 (décembre 2016)

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