Terrorisme, la bonne excuse

Stéphane Poussier a été condamné mardi dernier pour « apologie du terrorisme », délit pénal depuis novembre 2014. Face à ce jugement, Antigones s’inquiète de l’usage abusif du « terrorisme » comme argument d’autorité justifiant la promulgation de lois de plus en plus liberticides.

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Suite à un tweet dans lequel il s’était réjoui de la mort d’Arnaud Beltrame, en qui il ne voyait qu’un flic, donc un représentant de la violence institutionnelle, le candidat de la France Insoumise a été condamné à un an de prison avec sursis, et sept ans de suppression de ses droits civiques. Ni une, ni deux, Laurent Wauquiez propose de créer un « délit d’incitation à la haine de la République ».

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’éviction de la chanteuse Mennel de l’émission The Voice à cause de tweets publiés deux ans plus tôt : elle y suggérait que les attentats terroristes en France avaient été orchestrés par le gouvernement. Ni apologie du terrorisme, ni appel à la violence ni propos haineux cette fois : c’était par complotisme qu’elle avait péché. Avec en toile de fond la condamnation de Jean-Marie Le Pen pour ses déclarations provocatrices sur le « détail de l’histoire », et la démission de la quasi-totalité du Haut comité aux commémorations nationales suite à l’ « affaire Maurras », il y a de quoi s’inquiéter au pays de la libre pensée…

Derrières ces actualités, une tendance inquiétante : la multiplication de lois liberticides au détriment des libertés publiques. Du choix de nos vêtements à celui de l’école de nos enfants, ce ne sont plus nos actes qui sont surveillés mais nos attitudes et même nos opinions. Non seulement ces lois ne choquent pas, mais elles sont même applaudies par une bonne partie de la droite, qui y voit une réponse à l’insécurité.

Le Français s’inquiète de voir de plus en plus de femmes voilées ? on interdira le voile. Des jeunes préfèrent passer aller à la mosquée salafiste plutôt qu’au lycée ? on va rendre l’instruction obligatoire dès trois ans. Certains ne sont pas Charlie ? on va punir les propos « racistes » même tenus en privé. On oublie trop vite lorsqu’on applaudit ces mesurettes qu’on ne fait pas des lois pour des exceptions. La loi dite « sur le voile » interdit le port de signes religieux ostentatoires, qu’ils soient catholiques, musulmans, juifs ou autre. Le contrôle de l’éducation des enfants vaut pour toutes les familles : il passe par l’extension du monopole de l’Education Nationale face au hors contrat et à l’IEF. Et évoquer les guerres de Vendées pourrait à ce rythme rapidement devenir une atteinte aux « valeurs républicaines ».

Plus inquiétant encore, on associe de plus en plus étroitement « terrorisme » et « radicalisation ». Est désormais jugée dangereuse toute opinion jugé extrême ou radicale – surtout celle que l’on ne partage pas. Les zadistes ont un mode de vie extrême, les végans sont des fanatiques et critiquer l’obligation vaccinale est une théorie du complot. Or à l’aune des opinions de nos contemporains, contester l’IVG ou le « mariage pour tous » est extrême, les catholiques un peu trop pratiquants sont des fanatiques, et toute dénonciation des conflits d’intérêts entre multinationales et politiciens est une théorie du complot. Nous sommes déjà dans le viseur de ceux qui pratiquent le « crime de pensée ».

Quant à la « déradicalisation », elle est un pas de plus  vers la psychiatrisation de la divergence politique. Le « bien-être social » faisant partie de la définition officielle de la santé, si vous vous révoltez contre la société telle qu’elle est, vous êtes malade – on va vous soigner, vous déradicaliser. C’est ainsi que Stéphane Poussier a plaidé dans ses excuses officielles à la famille d’Arnaud Beltrame l’instabilité psychique et la fragilité émotionnelle. Sans commentaire.

La crispation législative sur le terrorisme et la radicalisation compense à peu de frais le sentiment d’impuissance du pays face à la montée de la violence en France, et l’indigence de notre système pénal. Il est toutefois aberrant de créer de nouveaux dispositifs légaux pour limiter les libertés de tous les citoyens,  alors même que nos dirigeants n’osent pas prendre les mesures simples qui sont déjà à notre portée, comme par exemple l’application réelle des peines pour les auteurs de délits et crimes, l’expulsion des prédicateurs étrangers ou encore le contrôle des frontières. Ne sacrifions pas nos libertés sur l’autel d’une sécurité qui n’existe même pas.

Article publié sur le site de Valeurs Actuelles le 3 avril 2018

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