Un buzz n’est pas un débat politique : #Metoo et la liberté d’importuner

Les signataires de la tribune « sur la liberté d’importuner » disent dénoncer l’absence de débat et la censure dont les figures médiatiques du féminisme français ont entouré #metoo et #balancetonporc mais ne font que défendre maladroitement un existant imparfait, jetant de l’huile sur le feu au lieu d’apporter la distance nécessaire au débat. Dans la cacophonie ambiante, aucune traduction politique n’a été proposée et les femmes victimes de violences restent les grandes perdantes.

 

Une autre voix dans la cacophonie #metoo

A l’ère du Big Data, les commentateurs ont préféré voir dans #metoo et #balancetonporc la quantité à la qualité. Ce n’est pas une vague, c’est un raz-de-marée ! Les violences faites aux femmes sont partout. Certes. Et après ? Le constat posé, il serait bon de comprendre et agir non ?

Apparemment pas. Applaudir la libération de la parole, réunir autour d’un hashtag la caissière et l’actrice oscarisée a suffi aux hérauts du féminisme pour crier victoire. Au prix d’un « tous les mêmes », qui relève du plus triste ressort de la guerre des sexes. Mais qui dans ce débat s’est risqué à une analyse de ces témoignages ? Personne, car cela obligerait à distinguer rapports sexués au travail, viol conjugal, violences médicales, agressions sauvages, etc. pour trouver des réponses appropriées à chaque type de violence. Or après cette spectaculaire campagne de délation, trop de femmes ayant embarqué en toute sincérité à bord du navire #metoo ont un arrière-goût d’injustice.

La justice que demandent les femmes victimes de violences, ce n’est pas un hashtag. C’est un accueil adéquat des fonctionnaires de police, un système judiciaire qui punit les coupables, des peines lourdes et effectives pour les auteurs de viols et d’agressions sexuelles. Qui dans ce débat a évoqué les peines dérisoires dont écopent ces derniers ? Qui a osé remettre en cause la loi Taubira sur la Justice qui laisse tant de coupables impunis ? Quant aux femmes qui se font insulter, moquer, importuner dans la rue ou au travail, ce qu’elles demandent, c’est simplement d’être respectées au quotidien. Mais les scandales sexuels et les enjeux de pouvoir qui s’y attachent à Hollywood, ne sont-ils pas autrement plus glamour que les agressions de Cologne ou le harcèlement de rue à La Chapelle Pajol ?

Et puis cette fameuse tribune défendant « la liberté d’importuner » a été publiée. Ses signataires demandent en substance la fin de la victimisation des femmes afin de faire cesser cette guerre des sexes devenue invivable dans le monde des lettres, des arts et des sciences. Si ce texte a représenté une bouffée d’oxygène salutaire pour celles et ceux qui ne supportaient plus l’atmosphère orwellienne qui avait accompagné la vague #balancetonporc, il n’en comporte pas moins beaucoup de contradictions et d’approximations dangereuses. 

 

La voix d’un féminisme contre un autre

Parce que l’expression à choqué, le texte a été surnommé « tribune sur la liberté d’opportunité ». Glissement malheureux qui voile le réel cœur du texte, « la liberté sexuelle » héritée du féminisme de Mai 68 et dont le texte est symptomatique des impasses. Alors que les auteurs, qui pourtant savent toutes manier la plume, dénoncent l’amalgame entre les différents types de violence dont sont victimes les femmes, elles-mêmes associent sans ciller droit du travail, contexte salarial, préférences sexuelles, viol et misère sexuelle. Une fois n’est pas coutume, nous voyons là avec les féministes institutionnelles l’expression d’une conception bourgeoise de la liberté, coupée de toute réalité. Comment peut-on affirmer que « les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité » ? Réifier une personne, c’est s’attaquer à sa dignité — même si cela ne la rend pas pour autant « indigne », évidemment. Nos corps « n’appartiennent » à personne, ni à autrui, ni même à nous-mêmes. Ils font partie de ce que nous sommes. Ce qui arrive au corps arrive à la personne tout entière.

Libération sexuelle ou pas, c’est une vision bien pauvre de la sexualité que défend cette tribune. La pulsion sexuelle serait « par nature offensive et sauvage » et cela justifierait la « drague lourde » des hommes ! Sommes-nous à ce point déterminés par notre biologie que nous ne pouvons contrôler nos pulsions ? La beauté de l’être humain, c’est qu’en lui se mêlent nature et culture. En tout temps et en tous lieux, les civilisations ont travaillé à la sublimation de la pulsion sexuelle, de sorte que celle-ci ne soit plus violence et désir de possession, mais beauté et don de soi. Et si certaines en ont profité pour mieux asservir les femmes et les abaisser, ce n’est pas ce processus de sublimation qui est à condamner, mais les époques qui sont tombées dans ces travers et elles seules.

Le modèle de vie libéral-libertaire que les signataires de la tribune opposent au puritanisme n’est pas plus souhaitable que ce dernier. Si nous ne voulons pas d’une police des mœurs qui contrôle le nombre et la qualité de nos partenaires sexuels, nous ne voulons plus non plus de ces incessantes injonctions à désirer-consommer-jouir sans entraves. Le modèle du capitalisme de séduction auquel en sont arrivées nos sociétés résume nos affects à des désirs, et nos actes à des achats. Dans cette société du désir, de l’immédiat, de la possession à outrance, les femmes sont premières consommatrices, mais également premières consommées.

Qui dans ce débat s’est posé la question de savoir comment nos contemporains, hommes et femmes, pourraient, quand il s’agit de sexualité, réussir à différer — ou renoncer à — l’assouvissement de leurs envies alors que chaque jour la société les pousse à satisfaire leurs désirs le plus rapidement possible ? L’économie de la consommation, érigée en modèle de société, favorise les violences faites aux femmes. Et ce n’est ni la main invisible du marché ni un PIB en croissance qui nous en protégera.

 

Et toujours aucune solution politique ! 

Tout en dénonçant le moralisme du féminisme contemporain, les signataires de la tribune entretiennent elles-mêmes une confusion dangereuse entre morale et politique. La manière dont le texte fait la différence entre viol et drague revient à cautionner des actes simplement parce qu’ils n’impliquent pas de responsabilité pénale.

Le viol et l’agression sexuelle sont des crimes. Le harcèlement est un délit. Ces comportements doivent évidemment être condamnés d’un point de vue moral, mais surtout, ils doivent tomber sous le coup de la Justice pour assurer la sécurité de tous. Les insultes et la « drague lourde » sont de l’ordre des comportements privés. Aussi condamnables soient-ils moralement, ils ne peuvent pas relever d’une action politique. Cela ne signifie pas qu’il ne s’agisse pas de comportements violents, qui impactent les femmes qui en sont victimes, ni qu’ils ne nécessitent pas d’être endigués, mais simplement que leur pénalisation est impossible, ou alors au prix d’un contrôle menant droit au totalitarisme.

Sur la question des viols, on sait que la majorité des agresseurs connaissent leur victime et que bien souvent, il y a un phénomène de reproduction. Analyser ces mécanismes permettrait d’éviter bien des victimes. Savoir qui sont les agresseurs, leur contexte et leurs liens avec leur victime permettrait de proposer des solutions plus efficaces. Pourtant qui, de toutes les voix qui se lèvent aujourd’hui pour dénoncer patron, voisin, collègue, a réclamé une telle analyse ? Quant aux autres types d’auteurs de violences sexuelles, ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires qu’il faut les passer sous silence. De toutes les voix qui se lèvent aujourd’hui pour dénoncer les #porcs en tous genres, lesquelles ont également défendu les victimes des viols de Cologne l’an passé ? 

Certains nous taxeront peut-être d’antiféminisme pour nos propos, qu’importe. Ce que nous voulons, plutôt qu’une étiquette ou une autre, c’est avant tout sortir des ornières que nous venons de dénoncer et proposer des réponses aux femmes victimes de violences. Sortons de ce pugilat stérile entre un féminisme et un autre. Il se fait au détriment des femmes.

1 Commentaire

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  1. 1
    lapoix

    L’homme que je suis est révolté par les abus et violences faits aux femmes. Une de mes grand mères et ma mère s’occupaient de femmes battues, humiliées et en détresse. Tout petit cela me faisait peur. J’appelle de mes vœux une large concertation entre femmes notamment sur le thème de l’enseignement puis de l’éducation dont une très large partie est faite par les mères.
    C’est aux femmes, aux mères d’agir de manière éclairée et si possible sereine pour que les petites filles deviennent des antigones et n’acceptent jamais la moindre forme de violence physique, psychologique ou verbale. Je constate que les jeunes mamans continuent à faire de leurs petits des machos en herbe et de leurs filles des femmes silencieuses.
    Les féministes en vogue sont des opportunistes, abonnées aux subventions pour la plupart ce qui nuit de plus en plus à l’expression libre des femmes.
    Exigez des espaces sur les media, publiez des manifestes progressistes, alimentez les professionnels de l’enseignement et de l’instruction.

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