Maltraitances gynécologiques et obstétricales

La conférence ci-dessous a été donnée par Fanny, membre du Bureau des Antigones, à la permanence parisienne du mouvement le 13 octobre 2016, dans le cadre de notre année consacrée au thème Femmes et Féminité.

 

 

« Je prends le pari que toutes, sans exception, porteront les stigmates (qu’ils soient chimiques, anatomiques ou procéduraux) d’une médicalisation précisément justifiée par une spécificité de sexuation [1]».

 

Introduction

Notre propos est ici de suggérer que les maltraitances gynécologiques et obstétricales que subissent les femmes sont intimement liées au processus de médicalisation, processus qui se manifeste plus qu’ailleurs sur le corps des femmes et leur fertilité, et trouve sa source dans une forme de misogynie refoulée du corps médical.

Qu’il soit entendu qu’il s’agit là d’une analyse qui s’assume partielle et partisane, et en aucun cas d’une prétention à expliquer l’ensemble du processus de médicalisation et de la maltraitance éprouvée par les femmes  par la seule misogynie du corps médical. D’autres facteurs sont à prendre en compte, tels que la mainmise de lobbys financiers sur le milieu pharmaceutique, la tentation prométhéenne de notre société technicienne, ou encore la formation et la pratique de la médecine occidentale (détection de la pathologie, perspective matérialiste, prise de distance affective, etc.). On ne peut, cependant, expliquer intellectuellement et de façon éthiquement satisfaisante  ce fait de société, sans recourir aussi à une analyse proprement féministe, c’est-à-dire sans expliquer la maltraitance médicale subie par les femmes par le désir, souvent inconscient, de maîtriser et soumettre les femmes en tant que telles.

Il n’est pas dans les habitudes du mouvement d’adopter le prisme féministe[2] pour analyser un fait de société, et il est intéressant de constater que ce qui nous semble participer d’un processus d’aliénation patriarcale a été l’objet d’un silence déconcertant de la part du féminisme officiel  pendant plusieurs dizaines d’année, voire même – la pilule en est le meilleur exemple –  d’une reconnaissance faisant de pratiques manifestement misogynes, ou à tout le moins nuisibles pour elles, une avancée favorable à la libération des femmes.

C’est donc soucieuses de faire respecter l’intégrité physique et morale des femmes que nous dénonçons cette nouvelle forme de soumission qu’est l’aliénation, consentie ou non, des femmes au pouvoir médico-pharmaceutique, au prix de la perte considérable en matière d’autonomie, et donc de liberté.

La question des maltraitances gynécologiques et obstétricales est un sujet encore peu connu aujourd’hui pour différentes raisons, parmi lesquelles nous pouvons citer :

  • une médicalisation perçue comme allant de soi ;
  • une médicalisation perçue par la société comme libératrice pour les femmes ;
  • un dégoût à l’égard du corps, de la matérialité et de l’animalité plus particulièrement représentés par les femmes ;
  • le silence des femmes dû à la difficulté de parler de leur intimité féminine (organes génitaux, sexualité, maternité).
  • un mépris et un désintérêt pour ce qui concerne le féminin ;

maltraitances 5Ceci dit, la condition des femmes dans la représentation et la pratique médicales commence à susciter questionnements et revendications depuis trois ou quatre ans avec l’affaire des touchers vaginaux, l’apparition de blogs et autres supports web dédiés à ce sujet, ainsi que d’émissions dans les médias nationaux.

Les analyses de ce travail empruntent largement au Dr. Marc Girard avec son ouvrage La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne, aux sites et blogs consacrés à la question des maltraitances gynécologiques et obstétricales, à quelques émissions et articles, enfin, publiés par des médias d’envergure nationale.

 

 

1 – La médicalisation du corps féminin

 

Définitions

La gynécologie : « Etude de l’organisme de la femme et de son appareil génital considéré du point de vue morphologique, physiologique et pathologique [3]».

L’obstétrique : « Branche de la médecine qui concerne la grossesse et l’accouchement [4]».

La médicalisation : « Le processus qui conduit à considérer et à traiter des réalités non médicales comme des questions relevant de la médecine ou, à tout le moins, comme des questions dont la dimension médicale serait devenue significative. Cette définition exclut toute nuance de « surmédicalisation » puisqu’elle repose déjà sur la notion d’un dérapage ou d’un excès [5] ».

  • Attention au piège qu’il y a à employer le terme de « surmédicalisation » : en plus d’être impropre, il suggère l’idée qu’appliquer un traitement médical[6] à des réalités non pathologiques serait  légitime, ce qui est faux.

 

A titre liminaire, un mot sur la formation de nos médecins

Dans la médecine moderne occidentale, le praticien considère le corps comme une machine à réparer. Non critiquable en soi, cette approche le devient lorsqu’elle se prétend suffisante à en oublier/nier les dimensions affectives et spirituelles de l’être humain. Le médecin est, qui plus est, formé à détecter la pathologie : on comprend que ceci l’invite à tout « pathologiser », y compris ce qui ce qui n’en relève pas.

« Pour Anne-Charlotte Husson[7], “considérer que le corps est indépendant de l’esprit, oublier que nous lui attachons tout un tas d’émotions, c’est se mettre en position de maltraiter ses patients”. La distance que les médecins s’imposent pour exercer leur métier serait donc en partie responsable de l’absence de consentement. “Les attaques les plus insultantes contre le projet venaient de forums d’étudiants en médecine, qui se moquaient de toutes ces pleureuses” déplore la militante féministe [8]».

Nous avons donc en France une formation médicale qui pousse le futur médecin vers la médicalisation, laquelle est source de pénibilité psychique et physique pour les patients, et s’accompagne d’effets secondaires dont la prise de risques réels invite à la méfiance à l’égard d’actes médicaux injustifiés.

 

 

Une médicalisation qui concerne étonnamment les femmes

Ceci dit, notre premier point entend vous inviter à considérer combien cette médicalisation – on la rencontre dans divers domaines comme le soin apporté aux personnes âgées, par exemple –  concerne particulièrement les femmes, et de susciter en vous tout le moins l’étonnement.

Le Dr. Marc Girard, dans son ouvrage La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne, dresse une liste non exhaustive des soins prodigués aux femmes qui ne rencontrent aucun équivalent chez les hommes (on ne le leur souhaite pas !) : plus d’une quinzaine de soins thérapeutiques, justifiés par une spécificité féminine, sont mentionnés, dont certains prescrits à vie.
Suit une liste des soins cette fois-ci non sexués, et pourtant beaucoup plus prodigués aux femmes qu’aux hommes[9], accompagnée de la citation de quelques cas pour illustrer la démesure des prescriptions médicales lorsque celles-ci sont appliquées aux femmes : « il faudrait (mentionner) l’énorme sur-fréquence en pratique des thérapeutiques thyroïdiennes chez les femmes, ainsi que leur surconsommation – toutes choses égales par ailleurs – d’anxiolitiques et d’antidépresseurs [10]». Et le Dr. Girard de s’étonner de ce que « même des situations raisonnablement pathologiques, et à surreprésentation masculine – telles que l’alcoolisme – donnent lieu à une médicalisation moins forcenée que la moindre variante de la norme au cours du cycle féminin »[11]. Un souci d’autant plus suspect quand on remarque la saisissante différence de la sollicitude médicale à l’égard des douleurs féminines dès lors qu’elles sont d’origine iatrogène, remarque-t-il, sans parler de la curieuse absence de maladies andrologiques[12] répertoriées dans le Dictionnaire de médecine Flammarion pris en référence pour son étude.

Il est vrai qu’une objection vient spontanément à l’esprit : les femmes ont une musculature moins développée que les hommes, leurs hormones les rendent vulnérables, ce sont des êtres mystérieux et compliqués, souvent en demande de soin et protection. Ne serait-ce donc pas simplement que les femmes ont un métabolisme plus faible que celui les hommes ? Sont plus sujettes aux pathologies ? Nécessitent un soin plus continu ?

Le Dr. Girard répond brièvement à ces objections  en s’étonnant : « si tout est tellement plus élémentaire et moins sophistiqué dans le corps viril, pourquoi nous autres médecins avons-nous appris qu’en cas d’ambiguïté sexuelle à la naissance, il serait presque toujours plus aisé de conduire le bébé vers un corps de femme ? Pourquoi la chimie et la pharmacologie modernes échouent-elles toujours à maîtriser raisonnablement la fertilité masculine, quand le contrôle de la fertilité féminine est promu depuis maintenant plus de 50 ans comme un triomphe de la médecine moderne ? [13]».

 

Une médicalisation inutile et nuisible

Ceci pourrait n’être qu’une incongruité parmi d’autres si cette médicalisation du corps féminin n’était pas non seulement inutile, ce qui est déjà grave (pénibilité physique, psychique et coût financier), mais souvent nuisible ou tout au moins à risque.

Pour le comprendre, il convient avant tout de déconstruire le mythe de l’impact de la médicalisation sur les progrès de la santé publique : le corps médical s’approprie des avancées qui ne sont pas ou peu liées à son intervention (exemple : la mortalité infantile). Pire, il initie parfois des pratiques prétendument sanitaires qui s’avèrent être néfastes.

En voici deux illustrations prises parmi les recommandations en matière d’obstétrique et de néonatalité.

  • L’allaitement: « Il convient en effet de se rappeler que dans sa compulsion au dénigrement tous azimuts du féminin, le monde médical s’est lancé, vers les années 1950, dans une promotion sans précédent du lait artificiel supposé offrir d’immenses avantages (hygiéniques, nutritionnels…) par rapport à l’infâme lait maternel. Depuis lors, comme chacun sait, la Faculté a fait machine arrière au point que dans la doxa de ce nouveau médicalement correct, il faut vraiment à une jeune mère des… ovaires bien accrochés pour oser affronter l’opprobre qui s’attache désormais au refus d’allaiter. De telle sorte que le bilan le mieux assuré de cette valse-hésitation du monde académique qui s’est faite sans la moindre autocritique, c’est que l’adhésion des femmes à l’allaitement maternel est bien vue comme une victoire de la médecine moderne – une victoire sur des pratiques anciennes dont on a oublié le déterminisme exact mais où il est tenu comme allant de soi que l’obscurantisme féminin a dû s’effacer devant la rationalité médicale [14]».
  • La médicalisation de l’accouchement: le seul fait de médicaliser tous les accouchements est un problème car cela revient à considérer que tous les accouchements sont a priori à risque, ou qu’ils sont une maladie, ce qui est faux.

Aujourd’hui, une jeune femme sur le point d’accoucher sera « simplement convaincue que, jusqu’au dernier moment, il peut lui arriver une complication inattendue et elle est certaine qu’elle va réduire ce risque, se soumettant à tous les desiderata et à toutes les intimidations de son obstétricien ou de sa sage-femme [15]».

Or il est démontré qu’en ce domaine, il n’y pas de corrélation, ou bien très faible, entre l’intensité de la médicalisation [16]et les résultats en termes de santé. En revanche, «on sait (…) qu’en dépit d’une surveillance de la grossesse excessivement lourde et paternaliste, la France n’occupe qu’une place fort médiocre en termes de mortalité obstétricale [17]», se trouvant dans le dernier tiers du classement.
Inutile donc la systématisation de l’intervention médicale en ces domaines. Mais dangereuse aussi puisque, « réciproquement, à mesure que la technicisation de la grossesse et de l’accouchement s’alourdit, la probabilité statistique d’un aléa ou d’une complication iatrogène augmente en proportion (et parfois même exponentiellement), et pour finir rapidement par dépasser la probabilité d’une « complication imprévisible jusqu’au dernier moment ».
Au total, (…) le « souci de sécurité » constamment invoqué (…) pour justifier une médicalisation de plus en plus invasive finit par se ridiculiser dans le risque iatrogène auquel expose nécessairement cette médicalisation
[18]», et cela, sans évoquer les risques pour le fœtus/bébé (échographies, ponctions amniotiques, médicaments, péridurales et manipulations par le personnel médical).

 

2 – Les maltraitances gynécologiques et obstétricales

Ceci montré, nous pouvons aborder la question particulière des maltraitances gynécologiques et obstétricales conséquentes à cette médicalisation. Des maltraitances, donc, qui ne concernent que les femmes. A tel point qu’on a parfois l’impression qu’on nous punit de l’être[19].

Ces maltraitances vont consister en des réflexions infantilisantes ou dégradantes, en l’imposition de pratiques inutilement pesantes, douloureuses ou humiliantes, ainsi qu’à la prise de risque sanitaires dont les conséquences peuvent être graves : pilule et traitements hormonaux, péridurale systématique, taux d’épisiotomies record, mammographies en veux-tu en voilà…

Après avoir brièvement évoqué ces autres maltraitances, nous nous concentrerons sur la question de la pilule contraceptive.

 

Les voix des femmes qui se lèvent

En effet, depuis récemment, de plus en plus de femmes se mettent à dénoncer sur la place publique les brutalisations qu’elles subissent. Ce mouvement de révolte a débuté avec le mot-dièse #payetonuterus.

 

Paye ton utérus

maltraitances 1

En 2014, #payetonuterus est apparu sur Twitter, lancé par une jeune étudiante en pharmacie : des femmes y dénoncent les mauvais traitements qu’elles subissent de la part du corps médical, et des gynécologues en particulier.  Les témoignages sont saisissants :

  • #payetonuterus « 28 ans et vous ne voulez pas d’enfants ? on va vérifier vos taux hormonaux »
  • #PayeTonUterus A la visite post accouchement « Vous étiez plus jolie la dernière fois que je vous ai vue »
  • Mon médecin m’a dit « et ça dérange? » quand je l’ai informé qu’une nouvelle pilule me donnait des règles 3 semaines/mois #PayeTonUterus
  • Quand ton gyneco te retire un stérilet contre ton gré, sans te prévenir ni te préparer, pendant un « simple contrôle » #PayeTonUterus
  • Quand ils refusent de te donner un calmant/antidouleur lors d’une IVG non medicamenteuse pour ‘que tu retiennes la leçon’ #PayeTonUterus
  • #PayeTonUterus en enfonçant le spéculum dans mon vagin « Vous pourriez moins vous crisper ? J’essaie de faire mon travail et vous n’aidez pas »

 

Ces réjouissances dont nous avons là quelques extraits sont monnaie courante en consultation gynécologique, tant et si bien que les praticiens respectueux de leur patiente se font remarquer[20].

A défaut d’un réseau, je partage ici avec vous quelques éléments de ré-information qui donneront aux femmes des armes pour se faire respecter : voici un « petit rappel des recommandations médicales[21] en matière d’examen gynécologique :
1. Un examen gynécologique n’est JAMAIS obligatoire. Il est fait à la demande de la femme.
2. Aucun examen gynécologique ne doit être fait pour prescrire une pilule contraceptive.
3. Le dépistage du cancer du col (frottis) n’est utile qu’à partir de 25 ans, et tous les 3 ans.
4. L’examen gynécologique n’est utile que si la femme consulte pour des symptômes qu’elle pense liés à ses organes génitaux.
5. L’examen des seins n’est utile qu’à partir de 50 ans. Avant, aucune raison de se faire tripoter si aucun symptôme, antécédent familial, etc.
6. Tout examen gynécologique doit se faire après avoir donné son consentement[22].
7. Le gynécologue ne peut exercer aucun chantage ou aucune pression pour vous examiner en échange d’une prescription de pilule.
8. Si un gynécologue ne respecte pas ces principes, ne vous écoute pas, ne répond pas à vos questions, vous maltraite, levez-vous et partez sans payer 
[23]».

Poursuivons l’exposé de la forme qu’a pris cette révolte.

« Les polémiques arrivent à leur paroxysme l’année dernière, lors de la publication d’un document de l’université de Lyon relatant l’entraînement d’internes au toucher vaginal sur des patientes endormies. Une pratique contre laquelle s’est insurgée Clara de Bort, directrice d’hôpital en co-signant une pétition intitulée “Le consentement, point aveugle de la formation des médecins”, qui a conduit au lancement d’une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Le rapport qui a mené à cette enquête a examiné les conditions d’apprentissages des examens cliniques par les futurs médecins et en a conclu que “lorsqu’un examen pelvien est réalisé chez une personne sous anesthésie générale”, le consentement est recueilli seulement entre 67 et 80% des cas [24]».

 

Je n’ai pas consenti

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Initiative d’Anne-Charlotte Husson, féministe et doctorante,  ce tumblr recueillant des témoignages de patient(e)s sur le défaut de consentement aux actes médicaux a été lancé suite au scandale suscité par l’affaire des touchers vaginaux. Cf. la lettre ouverte cosignée par des féministes, juristes, personnalités du monde médical, chercheur, etc.,  à ce sujet.
Le but ? « prolonger et amplifier l’action lancée (…). Ce tumblr est l’un des moyens mis en place pour interpeller le public, les médecins et la ministre de la Santé sur la question du consentement dans la relation médecin – patient.e [25]». « Montrer que le problème de l’absence de consentement ne se pose pas que pour les touchers vaginaux sous anesthésie générale. “Les témoignages ont montré que dans la relation patiente-médecin, il existe une zone grise ou le manque d’information peut facilement mener à l’absence de consentement” explique la militante [26]».

A ce sujet il est également important de connaître ce qui dit la loi. La loi Kouchner impose depuis 2002 qu’ « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ».

Or la réalité s’avère être souvent bien éloignée de la théorie. Pour ne parler que de ce cas emblématique qu’est l’épisiotomie, il faut savoir qu’« en 2013, en France, 29% des femmes qui ont accouché disent ne pas avoir reçu d’information sur l’épisiotomie. Concernant le consentement, c’est la catastrophe : 85% des femmes qui l’ont subie disent qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Pire encore, des femmes rapportent avoir été coupées de force malgré leurs refus ou protestations [27]».
« Notre étude, qui repose sur 9783 accouchements par voie basse dont 6300 depuis 2010, atteste de l’effort fait par la communauté médicale pour modifier ses pratiques : le taux d’épisiotomie s’établit à 30% sur la période 2010-2013 (47% pour un premier accouchement, 16% pour les suivants) [28]».

Quelques témoignages collectés sur le site :

« Les urgences d’un CHU ont aussi le devoir de demander le consentement

À 18 ans, je suis allée aux urgences pour une douleur terrible au niveau du coccyx. Je m’attendais donc à devoir montrer mes fesses. Le docteur me dit que j’ai un kyste et qu’il faut que je revienne dans 3 jours pour qu’on me l’enlève sous anesthésie générale. Un jeune homme de mon âge rentre alors dans la pièce et le médecin lui dit de me toucher pour qu’il sente la grosseur, sans me demander. Il s’exécute tout gêné et me fait très mal. Puis je repars avec un pansement trempé qui mouille mon jean, et une ordonnance pour de la codéine. Celle-ci me donne des nausées et me met dans les vapes alors que je suis en période d’examen… Jusqu’ici rien de bien choquant.

Quand j’y retourne trois jours après, on me dit que je vais me faire opérer dans l’après-midi, on m’installe dans une chambre et on me donne une blouse fendue dans le dos, sous laquelle je dois me mettre nue. Bon, je m’exécute, avec l’aide d’une infirmière vu que j’ai une perfusion dans le bras. Il est 12h, je n’ai rien mangé le matin et maintenant je dois rester à jeun. Bien sûr je fais une hypoglycémie, on rajoute du glucose à ma perf mais j’ai très faim. Je me rassure car on m’a dit qu’on allait bientôt m’opérer. Je suis entrée au bloc à minuit. Entre temps, alors que j’étais debout au milieu de la pièce avec ma mini blouse, un troupeau de soignants entre, ils étaient presque 10. Ils ne se sont pas présentés, sont passés derrière moi, ont écarté ma chemise et m’ont palpé le coccis et l’anus, tout en se demandant à voix haute s’ils allaient m’opérer en position gynécologique ou pas. Et ils ne m’ont rien dit, je n’ai compris qu’une fois au bloc que ça n’allait pas être le cas…

Si je conçois que c’est une opération courante, un peu d’information et de délicatesse n’aurait pas été de trop ! Sur le coup je ne l’ai pas mal vécu, je me disais que c’était comme ça que ça se passait dans les CHU. Mais aujourd’hui je réalise qu’on m’a privé de dignité à plusieurs reprises. »

 

L’accouchement

Pour cette question de l’accouchement, je laisse la parole à l’auteur de Brutalisation du féminin dans la médecine moderne.
« Aucune personne de bons sens n’aurait spontanément l’idée d’accoucher allongée[29] : outre l’aberration mécanique de la position qui est évidemment contraire au mouvement du bébé, il semble également que le report de son poids sur la colonne vertébrale de sa mère soit cause d’une souffrance inutile. Le rasage vulvaire, lui, est tellement essentiel que  le plus grand arbitraire règne désormais à ce sujet, mais il suffit d’aller sur les forums (ou d’interroger les mères » pour constater qu’il est encore fréquemment pratiqué : (…) cette pratique humiliante (et à tout le moins inconfortable voire pénible lors de la repousse des poils – surtout sur une cicatrice d’épisiotomie) était plus gouvernée par un fantasme médical récurrent de saleté féminine que par quelques raisonnement rigoureux que ce soit. Quant à l’épisiotomie, rappelons qu’elle consiste à infliger une déchirure certaine pour contrecarrer le risque d’une déchirure éventuelle et que la plupart des études effectuées convergent pour montrer que les déchirures survenues après épisiotomie tendent à être plus grave que celles survenues spontanément – ce qui n’empêchent pas le taux d’épisiotomie d’avoisiner les 100% dans certains établissements… En matière de rationalité, rappelons que la technique même du geste correspond à une aberration à peu près unique en chirurgie, à savoir couper un muscle transversalement. Rappelons enfin que nonobstant les dénégations des professionnels de santé, la douleur post-épisiotomie est forte (au point qu’avec l’extraction d’une dent de sagesse, cette intervention est classiquement utilisée comme modèle lorsque l’on fait des essais cliniques sur un antalgique…) et que dans le pire des cas, elle peut même basculer à la chronicité – avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur la qualité de vie de la personne concernée (douleur en position assise), comme sur la vie sexuelle ; le risque d’incontinence urinaire ou fécale – excusez du peu – est également mentionné par diverses études.

Les inconvénients mécaniques de la position aberrante imposée à la parturiente sont encore aggravés par l’usage de la péridurale, que l’on sait de plus en plus fréquent. La péridurale, en effet, ralentit les contractions et abolit le réflexe de poussée, contribuant ainsi à freiner encore plus la descente du bébé et à contrarier son expulsion : selon certaines études, cette dystocie iatrogène se traduirait, à elle seule, par un doublement, voire un quadruplement du risque de césarienne. La péridurale achève aussi  de déposséder la mère de son accouchement puisque, désormais insensible au rythme de ses contractions, celle-ci n’a plus d’autres issues que de se laisser guider complètement par le personnel soignant relativement à des processus physiologiques pourtant aussi intimes que la façon de respirer ou de pousser. C’est aussi l’occasion de rappeler que, globalement, la péridurale n’est pas une procédure dénuée de risque et que certaines complications (chocs, infections, hémorragies, asphyxie, accidents neurologiques) peuvent s’avérer fatales ou se solder par des séquelles durables. Il faut également savoir que le pourcentage d’échec est étonnamment élevé avec ce mode d’analgésie, puisqu’on retrouve dans la littérature des taux allant jusqu’à 20% des patientes. Par conséquent, on aimerait être certain que les parturientes sont dûment informées de ce rapport bénéfice/risque problématique lorsque la péridurale leur est proposée comme antalgique de simple confort [30]».

 

La contraception hormonale

Je vais commencer par vous lister les principales catégories des effets secondaires de la pilule[31] (sans considérer leur fréquence et leur portée), puis me contenterai[32] d’illustrer avec le Dr. Marc Girard, « l’incroyable légèreté réglementaire, scientifique et éthique avec laquelle les professionnels de santé, dans leur immense majorité, ont autorisé, prescrit et délivré des produits pharmaceutiques pourtant radicalement défectueux, destinés à des jeunes femmes en parfaites santé [33]», sur la seule question des risques thrombo-emboliques.

 

Effets indésirables :

  • « effets digestifs (nausées, vomissements) ;
  • effets cutanés (masque de grossesse, acné, séborrhée, hirsutisme) ;
  • irrégularités menstruelles (spotting, métrorragie, aménorrhée), tension mammaire, modifications de la libido ;
  • intolérance aux lentilles de contact ;
  • céphalées, migraines, dépression et autre troubles neuro-psychiatriques ;
  • pathologies cardio-vasculaires, parfois mortelles : infarctus du myocarde, thrombose ou embolie, accident vasculaire cérébral, hypertension artérielle ;
  • rétention hydrique, prise de poids, modification du métabolisme des sucres et du profil lipidique ;
  • anomalies de la fonction hépatique, voire jaunisse (…), risque de tumeur bénigne du foie, peut-être aussi de tumeurs malignes ;
  • perte de masse osseuse ;
  • augmentation du risque de cancer du sein et du col utérin [34]».

Ceci pour répondre à l’incroyable désinvolture de Mme Brunerie-Kauffman, gynécologue et alors vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, quand, dans un article de Libération du 11/04/1999, après avoir déploré « le désintérêt général pour la pilule », elle ne craint pas de mentir en assénant que « actuellement les pilules n’ont pas d’effets secondaires ».

 

Les risques thrombo-emboliques

Le tout début de l’année 1960 voit la mise sur le marché de la première pilule à visée contraceptive associant un œstrogène à un progestatif. « Il faudra à peine un an pour que soit perçu le potentiel iatrogène depuis lors le mieux reconnu des oestro-progestatifs, à savoir celui de provoquer des accidents thrombo-emboliques, dont certains graves et parfois même mortels. Les années suivantes allaient montrer que des effets indésirables, qui touchent les veines et se manifestent surtout par des phlébites et des embolies pulmonaires (mais parfois aussi par des accidents cérébraux), ne correspondent qu’à une partie de ce que l’on peut regrouper sous l’intitulé « complications cardio-vasculaires de la pilule », qui incluent également des infarctus du myocarde [35]».

L’acceptation de ces risques aurait été très discutable tant ils sont importants s’il s’était agit d’un médicament à visée curative. « Que dire, alors qu’il s’agit là d’un produit qui allait exiger beaucoup d’imagination juridique pour le faire rentrer dans la case des « médicaments » puisque, à l’évidence, il ne s’adressait pas à des « malades » et qu’il ne visait la prévention d’aucune « maladie » [36]».

« Les fabricants allaient tirer parti de ce précédent désastreux pour se livrer désormais à une concurrence féroce autour d’un argument clé, à savoir la quantité d’estrogène contenu dans chaque comprimé du pilulier, puisqu’il avait été rapidement tenu pour acquis que c’était bien ce composé de l’association qui perturbait les fonctions de la coagulation sanguine [37]». On vit donc la quantité d’estrogène diminuer de plus en plus, passant progressivement des 150 µg initiaux à 20 µg par comprimé, dans les années 80 avec l’arrivée de la pilule dite de « troisième génération ».

« Aux dire des fabricants – repris en chœur par la chorale des gynécologues, et jamais contredit par les autorités sanitaires de contrôle –, on avait la atteint le minimum minimorum, la préparation optimale qui réduisait presque à néant le risque de thrombose, tout en garantissant une efficacité contraceptive que l’on savait « idéale » de longue date [38]»… Jusqu’à ce que, quinze ans plus tard, la pharmacovigilance britannique dénonce les risques accrues de thromboses et d’embolie causés par la pilule de troisième génération  : afin de maintenir le potentiel contraceptif de la pilule, maintenant qu’on avait réduit à presque rien son taux d’estrogène, il avait fallu se tourner vers un nouveau progestatif, lequel augmentait les risques emboliques…

« Reste que (…) les industriels du médicament ne sont pas supposés faire la loi et que, notamment après le formidable raté qui avait marqué la mise sur le marché des premières pilules, on aurait pu attendre des autorités sanitaires un minimum de circonspection avant d’autoriser l’introduction de composés aussi nouveaux et , plus encore, avant de laisser leurs fabricants s’éclater avec une promotion tapageuse (sans même avoir organisé les vérifications expérimentales leur permettant d’appuyer leurs allégations), qui, rétrospectivement, apparaît singulièrement mensongère. Plus grave encore, on aurait pu attendre d’elles – une fois l’alerte sérieusement confirmée – des mesures réelles de restriction à l’égard de ces nouvelles pilules (…) Il n’en a rien été (…) [39]».

Bis repetita, dans les années 2000, le laboratoire Bayer, lance la nouvelle pilule dite de « quatrième génération », qui elle aussi se distingue de la précédente par le nouveau progestatif utilisé, qui s’avère, lui aussi, augmenter encore considérablement les risques thrombo-emboliques déjà présents dans les pilules précédentes, sans avoir, lui non plus, procédé aux vérifications de sécurité préliminaires. Outre cela, et sans vergogne, le fabricant « avait de plus fondé son procédé sur un argument de nature à fasciner les utilisatrices : les pilules contenant ce progestatif miracle étaient les seuls contraceptifs combinés à ne pas faire grossir, voire à provoquer une perte de poids. (…) A titre accessoire, il était également fait grand cas des bénéfices anti-acnéiques imputés à ces nouvelles pilules (…) [40]»[41]. Quant à l’agence française du médicament, elle n’émit un avis anodin sur ces pilules que dix ans plus tard… pour se voir immédiatement contredite par les éléments dévoilés à l’occasion d’un procès aux USA intenté par les utilisatrices contre le fabricant : celui-ci « aurait dissimulé aux autorités des données de tolérance alarmantes (…) [42]», données que les autorités médicales avaient la possibilité de connaître et de révéler.

 

3 – Une question féministe qui n’en est pas

Au fondement historique de la médecine moderne, la misogynie ?

« Depuis quand et pourquoi la Faculté de médecine s’est-elle focalisée de façon aussi obsessionnelle et délirante sur les désordres supposés du corps féminin ? [43]»

Il est ici question d’abus que des femmes subissent parce qu’elles sont femmes. Toutes choses égales par ailleurs – tout le monde est d’accord pour dire que l’accouchement n’est a priori vécu que par les femmes – il n’existe aucune commune mesure entre la façon dont sont traités les hommes  et les femmes par le corps médical. Pourquoi ? Si la réponse explorée ici n’est probablement pas suffisante, il ne me semble pas excessif de faire appel à la misogynie. La répulsion et la violence du corps médical à l’égard des femmes n’est pas une nouveauté, de nombreuses études explorent cette thématique.[44]

Déjà Molière, dans Le malade imaginaire, offrait une caricature du rapport des médecins au corps des femmes : fascination malsaine pour un corps trop mystérieux, vivant, animal, irrésistible qui les effraye et sur lequel ils se penchent pour le contrôler. « Incapable d’aligner trois mots originaux ou décents pour exprimer son désir, le jeune Diafoirus ne parvient à retrouver un minimum de spontanéité que pour inviter sa promise à la dissection d’une femme »[45].

 

Un peu d’histoire

A partir du début de l’époque moderne (XVIème siècle), la médecine académique et masculine obtient une supériorité statutaire relativement aux savoirs et pratiques traditionnels qui l’avaient précédée, savoirs détenus en bonne partie par les femmes, notamment en ce qui concerne le sexe, la procréation et l’accouchement.

Ce tournant s’établit à partir du moment où les chirurgiens[46] vont « s’immiscer dans ce qui, jusqu’alors, avait été unanimement une affaire de femmes [47]» – l’accouchement – et faire reconnaître ces dernières incompétentes.

«Je crois, dit le Dr. Marc Girard, que la médecine actuelle se constitue autour d’un souci pour l’obstétrique (et la néonatalogie), qui se ramifie ensuite en une sollicitude extrêmement envahissante à l’endroit des faiblesses réelles ou fantasmées du corps féminin [48]».

Le processus s’établit progressivement, en commençant par l’établissement d’une distinction entre les sages-femmes traditionnelles et les sages-femmes ayant obtenu une accréditation officielle : la première d’entre elles étant datée de 1560, et délivrée pour l’essentiel par les autorités religieuses. Dans les esprits entrait alors l’idée que l’accouchement n’était pas une affaire de femmes, mais une affaire médicale, et avec elle s’initiait la première étape de la perte orchestrée du statut de la femme dans la société traditionnelle, dont les domaines de compétence sont aujourd’hui le monopole de la profession médicale (le sexe, la procréation et l’accouchement).

Il faut souligner aussi que ce mouvement de masculinisation  s’ancrait dans un siècle hautement misogyne, marqué par l’entreprise des  clercs[49] de confisquer aux femmes leurs savoirs et pouvoirs.

« L’entreprise de déculturation lancée par la Contre-Réforme s’est fixée comme objectif une neutralisation du pouvoir féminin – lequel (…) s’actualisait le plus spectaculairement au moment de l’accouchement. Jusqu’alors (…) « le parcours initiatique de la maternité construisait fortement l’identité féminine (…). Les femmes (…) découvraient aussi l’importance de ce qu’elles avaient à transmettre : non seulement la vie et la santé du corps, mais les bases d’une culture, les croyances, les premiers savoirs, les codes moraux, les formes de sociabilité [50]» ».

Ici apparaît avec force que les enjeux de la médicalisation du corps des femmes dépassent largement la question sanitaire, car c’est leur rôle dans la société qui est ébranlé, et leur puissance qui est neutralisée volontairement. « Le statut des femmes et leur potentiel d’autonomie ne vont ensuite cesser de se dégrader au cours des deux siècles suivants, jusqu’à l’estocade napoléonienne [51]».

Et le Dr. Girard interroge : « Alors donc que les historiens s’accordent pour voir dans cette intervention des médecins l’origine du mouvement qui a conduit à l’obstétrique contemporaine » comment « celle-ci aurait-elle pu » (…) « susciter quelque « émancipation » féminine que ce soit, alors que :

  • comme on vient de le voir, cette obstétrique s’enracine historiquement dans un antiféminisme « aggravé » ;
  • (…) elle peine encore aujourd’hui à justifier rationnellement ses pratiques, alors qu’on a aucune peine à y reconnaître le retour du refoulé, à savoir ; une irréductible misogynie associée à une compulsion au rabaissement du féminin ?[52]»

Et c’est sur ce dernier point qu’il faut insister, car, quoiqu’en dise la doxa d’un certain féminisme, « rien de profond n’a changé, aujourd’hui encore, dans la représentation profondément dégradante du féminin qui travaille l’esprit médical depuis des siècles – et que la situation s’est peut-être même aggravée depuis quelques décennies [53]».

Notons toutefois que cette tendance à la masculinisation d’un savoir traditionnellement féminin, et la misogynie qui l’a accompagnée, n’existe pas de toute humanité. Durant des siècles, les femmes ont été détentrices de ces savoirs. Nous ne rejoignons donc pas dans notre propos les analyses qui viseraient à un « progrès » de la condition féminine face à une Histoire fondamentalement patriarcale. Nous nous contentons de constater que la médecine occidentale contemporaine ancre ses racines dans des époques qui, quant à elles, fortement misogynes. Il est nécessaire de commencer par le reconnaître pour pouvoir ensuite réclamer la construction d’une confiance renouvelée dans le corps féminin et ses spécificités.

 

Un féminisme complice ?

L’implication féministe

Depuis quelques années, des figures féministes se lèvent pour dénoncer les violences ou les maltraitances subies par les femmes dans les domaines gynécologique et obstétrical. Ceci constitue un tournant dans l’histoire récente du féminisme, tournant que nous saluons d’autant plus qu’il n’est pas évident pour ces féministes mamans de s’assumer comme telles[54].

Ouvrons toutefois une rapide parenthèse pour souligner une incohérence dans les logiques qui sous-tendent ces revendications nouvelles des féministes contemporaines. Le principe clef utilisé par celles-ci pour justifier leur combat contre les violences médicales faites aux femmes est le droit de ces dernières à disposer de leurs corps. Or c’est ce même principe qui dans la plupart des courants féministes justifie de militer pour l’avortement, la pilule, ou encore la GPA. Il nous semble à nous que la dignité de la personne humaine, y compris dans ses spécificités sexuées, suffit à elle seule à remettre en question le bien-fondé de chacune de ces problématiques, qui sont toutes, chacune à leur manière, une forme de violence faite au corps des femmes.

Dans un article intitulé « Victoire, l’accouchement fait enfin partie des luttes féministes ! », la féministe Marie-Hélène Lahaye, auteur du blog Marie accouche-là, se félicite de cette lucidité nouvelle. Évoquant l’émission « Nos corps, nos choix » de France Culture, à laquelle elle fut invitée à participer, elle commente :

« Le fait d’enchaîner dans une même émission féministe la question de l’IVG et celle de la maternité, en les inscrivant dans un continuum des droits des femmes sur leur propre corps, est un tournant radical dans la pensée féministe. (…)

maltraitances 3

 

Lorsque j’ai lancé mon blog il y a trois ans, j’avais comme objectif premier de poser la maltraitance des femmes pendant l’accouchement comme une question féministe, en analysant tous les gestes médicaux imposés aux futures mères à l’aune de la domination masculine et de la société patriarcale. J’ai fait face à une levée de boucliers de féministes affirmant que la mortalité maternelle a baissé depuis que les femmes ont accès à l’hôpital pour accoucher (ce qui est faux), et défendant la péridurale comme une avancée féministe (ce qui est également faux).

Il y a deux ans, on m’invitait uniquement dans les milieux de la naissance respectée. Aujourd’hui, on m’invite aussi dans les colloques et émissions féministes. Un basculement a eu lieu [55]».

Voir par exemple, la campagne de sensibilisation lancée par la CGT-cadres qui invite les mères victimes de discriminations au travail à sortir du silence[56].

Ou encore cette soirée-débat organisée par le CALM[57], sous le thème « Mon corps m’appartient… et pour accoucher ? Pour un nouveau féminisme de la naissance ».

Ces exemples donnent quelques pistes pour comprendre les raisons de ce tournant : volonté de se réapproprier son corps, souci d’égalité sociétale (au travail), lutte contre les violences faites aux femmes, mouvement écologique et anticapitaliste.

Il n’est évidemment pas question ici de réduire l’intérêt du mouvement féministe pour la condition maternelle à cette courte période. Le rapport qu’ils ont entretenu est étendu dans le temps et complexe et je ne peux ici que vous renvoyer vers quelques sources [58] relativement concises qui vous en donneront une vue d’ensemble.

Ce n’est pourtant que doucement que le féminisme contemporain se réapproprie le sujet, en particulier par le biais des maltraitances gynécologiques et obstétricales, après de longues années de silence que nous expliquerons dans le chapitre suivant.

 

Réticence du féminisme

Pourquoi une réaction est-elle si timide, et pourquoi a-t-elle pris tant de temps à se constituer ?
« L’instrumentalisation du corps féminin au service d’une médicalisation de plus en plus aliénante ? [59]» n’est-elle pas un motif suffisant pour toucher les âmes féministes ?

«  C’est que (…), suggère le Dr. Marc Girard, celles-là même qui sont le plus réputées proclamer le Vrai sur le féminin apparaissent, comme par hasard, les plus ardentes défenseurs de cette médicalisation. (…) N’a-t-il pas été posé une bonne fois pour toute que la médicalisation de la contraception marquait un progrès fulgurant dans la lutte sempiternelle des femmes contre la domination masculine ? [60]»

Et par médicalisation de la contraception, il faut comprendre sa promotion et son accessibilité. Car la médicalisation n’est fêtée que dans la mesure où le féminisme l’a reconnue comme un moyen par lequel les femmes ont pu se libérer du système patriarcal : pensons  à ces femmes aux mœurs sévèrement condamnées, soumises au « devoir conjugal », contraintes à des grossesses multiples… que la pilule libéra[61] tant concrètement que symboliquement, leur permettant d’avoir une vie sexuelle sans courir le risque d’une grossesse non désirée, et faisant office de reconnaissance sociale de leur droit à une vie sexuelle dégagée des entraves morales et physiologiques. Bref, la pilule est apparue pour les féministes héritières d’un XIXe siècle moraliste et misogyne, comme un outil de libération. Elles montraient par ce combat, une fois de plus, qu’elles n’entendaient pas rester l’animal domestique auquel on les avait réduites.

Or c’est à la lumière de ce passé militant féministe qu’il faut comprendre les tabous dont il est ici question : tout ce qui a trait à cette ancienne condition féminine est suspecté, par les féministes, d’être en connivence avec l’ordre patriarcal qu’elles se sont acharnées à déconstruire. Reconnaître, dans la question maternelle, par exemple, un sujet féminin, et dénoncer la contraception revient à trahir la cause des femmes.

maltraitances 4Camille Froidevaux-Metterie, auteur de l’ouvrage La révolution du féminin, explique dans l’un de ses articles que, « concentrées sur la dénonciation de la domination masculine et focalisées sur l’exigence d’émancipation, les études de genre ont stigmatisé un certain nombre de questionnements pour leur trop grande proximité avec l’ancien ordre phallocentré du monde. Il s’agit principalement des relations hommes/femmes, de la maternité et du souci esthétique, des thèmes qui circonscrivent à eux trois les contours d’une condition féminine d’un autre âge, quand les femmes n’étaient que des épouses, des mères et des objets sexuels. Marqués du stigmate de la soumission féminine aux injonctions masculines, ces thèmes en sont venus à constituer, en creux et implicitement, un corpus indigne , le corpus de la femme au singulier. Il faut le dire, il est désormais impossible de faire de la femme ou du féminin des notions mobilisables tant elles apparaissent associées à l’âge d’avant l’émancipation. Cette interdiction est très puissante car elle est justifiée au nom de l’enfermement immémorial des femmes dans la sphère du foyer : la marginalisation dont elles ont été victimes à travers l’histoire s’enracinant dans une hiérarchisation biologiquement fondée de l’ordre social, penser dans les termes du féminin ou de la femme, ce serait participer de la reproduction des schèmes patriarcaux par le déni du caractère contingent des assignations et des rôles sexués [62]».

 

En guise de conclusion

Il est regrettable de constater que cette focalisation du combat féministe sur l’urgence de faire reconnaître les femmes comme des sujets, l’ait conduit à en occulter la dimension incarnée. Alors que nous en prenons la mesure en éprouvant l’aveuglement auquel les féministes ont consenti, et le silence coupable qui fut le leur sur toutes ces questions se rapportant à la maternité, il me semble important d’insister sur deux choses :

  • rétablir la vérité quant au mythe de la libération de la femme via la médicalisation de la contraception et de tous les moments de sa vie de femme ;
  • la nécessité, tant pour le féminisme que pour les femmes, de réunifier la condition féminine (sujet de droits ET personne incarnée : on ne peut pas nier l’un sous prétexte de sauver l’autre).

 

Quand l’aliénation change de visage…

La pilule, salut de la femme ?
Ici pas de grands discours, mais quelques questions pour éveiller nos consciences.

  • Sommes-nous vraiment libérées quand nous nous en en remettons à un ordre médical dont le souci pour la condition féminine est historiquement et continuellement motivé par des considérations misogynes ?
  • Sommes-nous vraiment libérées quand le prix à payer est celui d’une castration chimique et de risques sanitaires importants ?
  • Travaillent-ils vraiment à la libération des femmes ceux qui nous refusent l’information, ceux qui nous mentent pour nous vendre l’outil de cette « libération » ? Bref, quand on nous prive de la capacité de choisir de façon éclairée ? De consentir !
  • Sommes-nous vraiment libérées quand nous n’avons pas d’autre choix que celui d’aller solliciter auprès d’un tiers intrusif notre permis de baiser[63]?
  • + question corollaire : sommes-nous vraiment libérées quand nous remettons à autrui la connaissance de notre corps qui aurait permis la maîtrise personnelle de notre fécondité ?
  • Enfin, sommes-nous vraiment libérées en nous rendant prenables à tous moments et sans conséquences par un homme dont le sens de la responsabilité et le respect est le dernier de nos/ses soucis ?

S’il m’est permis, je suggérerais la considération suivante : la fin de la toute-puissance du pater familias que le XIXe siècle avait remis au goût du jour a été suivie[64] de nouvelles formes de soumission et d’injustices que les femmes acceptent de subir, de la part d’un corps médical misogyne et corrompu par ses liens d’intérêts avec la finance, pour un corps, qui ne leur appartient toujours pas, et se trouve être désormais empoisonné de l’intérieur[65]. C’est le double effet kiss-cool.

Réunifier la femme : sujet et individu incarné.

Nous emprunterons nos mots à Camille Froidevaux-Metterie pour exprimer le fait que la réunification de la femme est un enjeu féminin et féministe tout à la fois. Ce n’est qu’à la condition expresse que le féminisme réconcilie les femmes et leur corps, que pourront y être abordés dans la sérénité les sujets ayant trait à une condition féminine incarnée, sans y voir la résurgence de vieilles habitudes patriarcales.

« Nous comprendrons toute la portée de la révolution féministe quand nous aurons réfléchi aux bouleversements affectant les relations conjugales, amoureuses et sexuelles, quand nous nous serons interrogés sur les changements dans le domaine de la procréation et de la maternité, quand nous nous serons penchés sur l’évolution du rapport des femmes à leur corps. Ce n’est pas que la démarche genrée néglige ces questions, elle les explore même très sérieusement, qu’il s’agisse des violences faites aux femmes (viol, harcèlement, prostitution) ou des nouveaux modes de conjugalité et de parentalité. Mais la grille interprétative qui leur est appliquée demeure celle de l’insupportable domination masculine, il s’agit toujours de libérer les femmes de ses chaînes comme si celles-ci ne cessaient d’être renouées à mesure que les avancées juridiques et sociologiques les brisaient. Nous proposons d’appréhender le corps féminin autrement que dans cette perspective qui n’y voit que servitude et désespoir. Pour ne plus être considérés comme « naturels », les sujets qui y sont associés ne continuent pas moins de regarder les femmes au plus haut point, et pas seulement sous l’angle de l’entrave et de la nécessité. Voilà pourquoi il nous paraît légitime, et urgent même, d’investir ce champ, pour en quelque sorte nous essayer à une pensée réunifiée de l’existence féminine, une pensée qui tienne ensemble l’horizon indépassable des droits des femmes et les données inesquivables d’une condition incarnée et située [66]».

 

———

[1] Marc Girard, La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne, édité par l’auteur, 2015, p. 18.

[2] “Féministe” s’entend ici au sens de féminisme officiel contemporain.

[3] Marcel Garnier et Valery Delamare, Dictionnaire des termes de médecine, Maloine, 1999, 25ème édition, p. 352.

[4] Ibidem., p. 576.

[5] Marc Girard, op. cit., p. 17.

[6] La médecine est une science et une pratique cherchant à conserver et restaurer la santé par la prévention et/ou le traitement de pathologies.

[7] A l’initiative du Tumblr « Je n’ai pas consenti ».

[8] Anne-Charlotte Dancourt, Les Inrocks, « Les gynécologues sont-ils formés au consentement », article édité le 02/08/2016, et consulté le 22/10/2016. URL : http://www.lesinrocks.com/2016/08/02/actualite/societe/gynecologues-formes-consentement-11856783/

[9] Marc Girard, op. cit., p. 18-19.

[10] Ibidem, p. 19.

[11] Ibidem,, p. 19.

[12] Encore cette « autre », dont Simone de Beauvoir se plaint dans Le deuxième sexe ; la femme est perçue comme étant la différente, l’étrangère, l’humain altéré. Cette étonnante classification des maladies féminines tend à appuyer cette idée que les femmes seraient des êtres humains différents, non aboutis ayant besoin d’être réparés ou complétés.

[13] Marc Girard, op. cit., p. 20.

[14] Ibidem, p. 33.

[15] Ibidem, p. 35.

[16] Il n’est évidemment ici pas question du suivi et des interventions médicales pour grossesses à risque.

[17] Marc Girard, op. cit., p. 35.

[18] Ibidem, p. 35 – 36.

[19] Le mot-dièse « paye ton utérus » est, à ce titre, assez révélateur.

[20] A tel point qu’un réseau de gynécologues, généralistes et sages-femmes féministes, permettant aux femmes de prendre rendez-vous en confiance, a été monté récemment. Voir le site Gynandco.

[21] Prenant en compte l’excès de zèle médical dès qu’il est question des pathologies féminines, on peut probablement en déduire que ces recommandations sont encore, pour certaines, excessives ! C’est dire…

[22] Le fait d’aller consulter un gynécologue et d’entrer dans la salle ne vaut pas consentement à tous les actes médicaux que celui-ci est en capacité d’y poser.

[23] Marie accouche là, « L’examen gynécologique des jeunes femmes : un droit de cuissage moderne », publié en ligne le 06/10/2016 et consulté le 31/10/2016. URL : http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2016/10/06/lexamen-gynecologique-des-jeunes-femmes-un-droit-de-cuissage-moderne/#more-989

[24] Les Inrocks, «Les gynécologues sont-ils formés au consentement ? », publié en ligne le 02/08/2016 et consulté le 31/10/2016. URL : http://www.lesinrocks.com/2016/08/02/actualite/societe/gynecologues-formes-consentement-11856783/

[25] Voir la page de présentation du tumblr Je n’ai pas consenti, consultée le 31/10/2016. URL : http://jenaipasconsenti.tumblr.com/projet

[26] Les inrocks, art. cit.

[27] Episio.info, « Eviter l’épisiotomie », date de publication inconnue, consulté le 31/10/2016. URL : http://www.episio.info/mes-droits/eviter-episiotomie/

[28] CIANE, « Episiotomie, état des lieux et vécu des femmes », in Enquête sur les accouchements, dossier n°6, novembre 2016, consulté en ligne le 31/1/2016. URL : http://ciane.net/wordpress/wp-content/uploads/2013/11/Enqu%C3%AAte-%C3%A9pisiotomie-Ciane-2013.pdf

[29] Ici, comme aux autres occurrences dans cette citation, c’est moi qui souligne.

[30] Marc Girard, op. cit., p. 29.

[31] Liste effectuée par le Dr. Marc Girard à partir de l’ouvrage anglo-saxon le Martindale – the complete drug reference.

[32] La pilule contraceptive et ses promoteurs pourraient être malheureusement attaqués en d’autres endroits, qui n’ont, hélas, rien à envier à l’exemple que nous soumettons ici à votre oeil critique.

[33] Marc Girard, op. cit., p. 52.

[34] Ibid., p. 92.

[35] Ibid., p. 45.

[36] Ibid., p. 46.

[37] Ibid., p. 46 – 47.

[38] Ibid., p. 47.

[39] Ibid., p. 49.

[40] Ibid., p. 51.

[41] Par curiosité, je suis allée consulter l’article sur les contraceptifs hormonaux de Doctissimo. Il est scandalisant de constater que les seuls effets secondaires évoqués sont ceux de la prise de poids.

[42] Marc Girard, op. cit., p. 52.

[43] Ibid., p. 21.

[44] Il n’y a qu’à faire un tour sur les plateformes web Cairn, Persée ou Isidore pour s’en rendre compte.

[45] Marc Girard, op. cit., p. 17.

[46]Jadis, les médecins hommes s’abstenaient de regarder ou de toucher le corps des femmes et s’en remettaient à des personnes de sexe féminin qui suppléaient.

[47] Marc Girard, op. cit., p. 40.

[48] Ibid., p. 21 et 22.

[49] « Dès le XVIème siècle, au moment de la grande vague de répression de la sorcellerie, l’accoucheuse avait été l’une des cibles privilégiées des inquisiteurs : nombre de matrones-sorcières et de matrones-jeteuses de sort ou noueuses d’aiguillettes avaient alors fini sur le bûcher. A partir de la seconde moitié du XVIème siècle, l’Église n’a eu de cesse de les contrôler et de surveiller leur façon de se comporter auprès des femmes en couches : (…) en essayant de discréditer ces « espèces de fées », ces « maigres-femelles » qui appartiennent à la lie du peuple. Il devenait indispensable d’extirper des pratiques dont le caractère symbolique avait trop souvent des relents de paganisme ». Gélis J, L’arbre et le fruit – la naissance dans l’Occident moderne – XVIe-XIXe siècle, Fayard, 1984, p. 408. Citation prise chez Marc Girard, op. cit., p. 42.

[50] Yvonne Knibiehler, Histoire des mères et de la maternité en Occident, PUF, 2000, p. 49.

[51] Extrait d’une note de Marc Girard, op. cit., p. 41., que nous reproduisons ici entièrement : « Dans A Jouanna et coll, Histoire des Dictionnaires des guerres de religion, R. Laffont, 1998, p. 911-3, J Boucher estime que «  le XVIème siècle fut antiféministe », qu’il réforma « certaines coutumes [qui] se montraient relativement favorable à un statut égalitaire » (…). L’auteur distingue en cette époque « une certaine crainte : celle de l’indépendance féminine risquant d’ébranler les bases de la société ». Le statut des femmes et leur potentiel d’autonomie ne vont ensuite cesser de se dégrader au cours des deux siècles suivants, jusqu’à l’estocade napoléonienne ».

[52] Marc Girard, op. cit., p.43.

[53] Marc Girard, op. cit., p. 38.

[54] Voir le blog Maternités féministes. URL : https://maternitesfeministes.wordpress.com/manifeste/

[55] Marie accouche là, « Victoire, l’accouchement fait enfin partie des luttes féministes ! », publié le 27/09/2016 et consulté le 31/10/2016. URL : http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2016/09/27/victoire-laccouchement-fait-enfin-partie-des-luttes-feministes/#more-972

[56] Libération, « La CGT cadres lance une campagne pour dénoncer le «plafond de mère» au travail », publié le 03/10/2016 et consulté le 31/10/2016. URL : http://www.liberation.fr/france/2016/10/03/la-cgt-cadres-lance-une-campagne-pour-denoncer-le-plafond-de-mere-au-travail_1514888

[57] L’association pour la maison de naissance de la maternité des Bluets.

[58] Yvonne Knibiehler, « Féminisme et maternité », in La revue lacanienne 02/2007 (n° 2) , p. 11-17.  Consulté en ligne le 03/11/2016. URL : www.cairn.info/revue-la-revue-lacanienne-2007-2-page-11.htm. Ou encore : Francine Descarries et Christine Corbeil  “La maternité au cœur des débats féministes”, Espaces et temps de la maternité, Montréal, Les Éditions Remue-Ménage, 2002. Téléchargeable en document world sur ce lien : URL : https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=12&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwizorO_h43QAhXCTSYKHYbzCmU4ChAWCCIwAQ&url=http%3A%2F%2Fclassiques.uqac.ca%2Fcontemporains%2Fdescarries_francine%2Fmaternite_debats_feministes%2Fmaternite_debats_feministes.doc&usg=AFQjCNHnTz-gUWrUib52wHvBIGew_J5FJA&sig2=cExYRn4a6FBhMn86C36_7A

L’émission France culture « Nos corps nos choix » précitée, est aussi d’un grand intérêt dans sa deuxième partie consacrée à la maternité.

[59] Marc Girard, op. cit., p. 22

[60] Ibid.

[61] Je me fais ici écho du discours féministe, sans poser de jugement sur la portée éthique de ces considérations, qui sont, bien entendu, très discutables.

[62] Camille Froidevaux Metterie, “ L’expérience du féminin. Le corps, soi et les autres ” in Etudes, sept. 2012, tome 417, p.188

[63] J’emprunte l’expression au Dr. Marc Girard.

[64] Et, j’oserais dire, a peut-être permis ces nouvelles formes de soumission patriarcale.Intitulé « le patriarche déchu », le paragraphe introductif au chapitre « Accouchement » du Dr. Marc Girard nous propose la réflexion ici partagée :

« S’il est un rituel de société sans pères qui met crûment en scène la déchéance du patriarche tant décrié par certaines féministes, c’est bien celui de l’accouchement à l’hôpital. Empêtré dans une blouse blanche dont il ne sait que faire et qui achève de signer sa soumission à l’ordre médical, l’homme assiste impuissant à toutes les maltraitances et humiliations qui s’abattent sur sa compagne : nue ou quasiment, attachées par ses jambes écartées dans une position qui l’oblige à exhiber le sexe qu’on vient de lui raser et qui sera bientôt tailladé sous prétexte d’épisiotomie, gourmandée si elle se plaint trop, houspillée si elle ne pousse pas quand il faut (…). Lui, il est juste prié de dire merci ». Marc Girard, op. cit., p. 27.

[65] En je ne parle même pas de ce corps neutralisé, garanti sans risque, que l’on prête en échange d’une poignée de plaisir.

[66] Camille Froidevaux Metterie, « Réinvention du féminin » in Le Débat, Gallimard, fèv. 2013, p. 96.

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