Le programme d’Emmanuel Macron

 

Commentaire du programme d’Emmanuel Macron pour les élections présidentielles 2017

A l’occasion des présidentielles 2017, nous vous proposons une lecture croisée des programmes des cinq candidats les plus plébiscités dans les média – Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon – comportant notamment une analyse de leurs positionnements sur les questions féminines.

Nous vous proposons également un résumé de ce travail, et surtout, nos propres propositions aux candidats pour apporter des solutions concrètes aux problématiques des Françaises.

 

Le programme d’Emmanuel Macron a mis du temps à voir le jour : très attendu, le jeune candidat n’avait pas souhaité se plier à l’exercice avant que la pression médiatique ne le lui impose. Le résultat ? Un papier bâclé et imprécis, tant sur la forme que sur le fond.

Des mesures, il en avait pourtant à proposer. Ses premières déclarations d’intention figuraient dans un « projet » à l’attention des adhérents et dans son ouvrage Révolution. Les idées qui y étaient exposées précisément sont contredites par son programme électoral actuel. Où est l’augmentation annoncée de la CSG qui devait compenser la baisse des cotisations patronales et salariales ? Comment rééquilibre-t-il la diminution de l’ISF maintenant qu’il a décidé de ne plus toucher aux « rentes immobilières » ? Entre ses premiers et derniers écrits des dispositions d’importances ont disparues. Il ne reste de son travail qu’une vague pétition de principe à connotation libérale.

Mais alors, qui croire ? Le Macron projet ou bien le Macron programme ?

Un brin d’explication. Emmanuel Macron a un électorat volatil réagissant aux mots clefs qu’il a l’art de placer dans les envolées lyriques qui rythment son discours démagogue. En inscrivant ses propositions en un programme, il perdait la flexibilité dont il jouissait jusqu’alors. La solution ? Un programme dans lequel ses électeurs potentiels pourront y lire ce qu’ils voudront.

Faut-il croire tout court en Macron ? Son programme en quelques mots : progressisme, libéralisme, européisme, travaillisme et sécurité.

 

Emmanuel Macron le Libéral

Le programme d’Emmanuel Macron tient tout entier dans son libéralisme. Quatre des six grands « chantiers » de son programme concernent le domaine économique, préoccupation centrale de sa politique. Dans sa vision du monde, tout touche de près ou de loin à la sphère économique, comme l’illustre superbement la citation finale de son livret adhérent « la démocratie n’a pas de prix, elle a un coût ». La confusion entre politique et économique est assumée : Emmanuel Macron ne conçoit de politique qu’économique – et d’économie que libérale.

On retrouve dans ses mesures la dynamique du capitalisme libéral libertaire, celui qui voit d’abord le corps féminin comme un objet de consommation, une source de profit. Les femmes y sont les premières consommatrices – le panier d’achat de la « ménagère » étant l’aune de son bonheur, et les premières consommées. Les femmes savent que tout n’a pas vocation à être économique : elles en font l’expérience dans leur chair. Le libéralisme d’un Emmanuel Macron cherche pourtant à leur vendre l’épanouissement par la consommation. Les cycles menstruels ? La grossesse ? La ménopause ? Des limites naturelles qu’une politique libérale transforme en occasion renouvelée de consommation, quitte à les briser comme nous allons le voir.

Le programme de Macron traite peu de tous les sujets qui ne lui semblent pas représenter une priorité économique, tels que les questions de mœurs, les questions sociales, familiales ou spirituelles. Dans la pensée libérale, ce ne sont plus les idées politiques ou les idées religieuses, source de discorde, qui font le liant de la société, mais la prospérité économique. Ce silence fait de lui un authentique libéral, un homme de gauche au sens historique du terme.

Emmanuel Macron envisage son « progressisme » de manière libérale : le progrès est pour lui une marche laborieuse vers un lendemain sans barrières, toujours plus chatoyant de pouvoir d’achat. Les limites y sont faites pour être repoussées, de celles de l’espace français amenées à épouser progressivement celles l’union européenne, à celles de flux toujours plus rapides, et d’une concurrence toujours plus forte.

L’un des objectifs d’Emmanuel Macron est d’augmenter le sacro-saint pouvoir d’achat des français pour leur permettre de consommer toujours plus, et toujours plus vite. Il semble s’agir de sa vision du bonheur : des gains individuels et temporaires, sans souci de construire pour les générations à venir. Mais pas d’inquiétude, nous sommes protégés par le Progrès.

Pour un retour en force des femmes sur le marché du travail

En raison du manque d’adaptation des entreprises et du cadre légal du travail aux contraintes et responsabilités liées à la maternité, les femmes sont les plus touchées par les emplois précaires, les temps partiels cumulés, les carrières en pointillés, ainsi que le travail le dimanche (80% des travailleurs du dimanche sont des femmes). Tiraillées entre vie familiale et vie de travail, Emmanuel Macron tranche pour elles, ce sera travail pour toutes.

Pour Emmanuel Macron, faire pression sur les femmes afin qu’elles écourtent leur congé parental est un moyen de limiter les écarts de salaires entre hommes et les femmes. (Notons que cette mesure a été présentée lors d’un débat organisé par le magazine féministe Causette, et ne figure pas dans son programme). En effet, si les règles concernant les congés parentaux se durcissent, les femmes retourneront plus vite sur le marché du travail. Cette mesure nie les libertés individuelles des femmes sans prendre en compte l’ensemble des causes de la violence économique qu’elles subissent ni reconnaître la liberté des familles à choisir un équilibre de vie en dehors de tout système marchand.

La question du coût des maternités payé par les TPE et PME, ou celle du statut et des retraites des mères au foyer ne sont pas abordées. Ces questions sont pourtant à la source de la précarité qui touche les femmes, obligeant nombre d’entre elles à sacrifier leurs ambitions professionnelles, vivre dans la dépendance économique, se voir imposer des emplois de faible qualité et aux conditions difficiles, avorter pour raison économique, bénéficier d’une retraite insuffisante, etc.

Nous saluons cependant l’excellente mesure figurant dans son projet, et de nombreuses fois abordé en interview, d’aligner le régime maternité des femmes sur le régime le plus avantageux, quel que soit leur statut professionnel (libérales, indépendante, intermittente du spectacle, etc.)

L’individualisation du revenu fiscal ou l’éclatement des familles

Pour permettre aux femmes de retourner plus rapidement sur le marché du travail, Emmanuel Macron souhaite garantir aux couples la possibilité d’individualiser leur revenu fiscal. Nous apprécions qu’il laisse ici le choix aux concernés, ainsi que l’allègement et l’aisance des répartition des activités que permettrait la mesure. Néanmoins, nous déplorons le fait qu’il considère que les difficultés et injustices économiques vécues par les femmes se résument à leur indisponibilité pour le marché de l’emploi.

Par ailleurs, si l’ « option » de l’individualisation s’avérait comme il est à craindre ne plus être optionnelle, cette disposition réduirait fortement la chance pour une femme de classe moyenne de s’arrêter pour passer du temps avec ses enfants. Cette individualisation des déclarations allégerait le poids fiscal des individus aux profit d’un alourdissement de la fiscalité des familles, obligeant les femmes à reprendre le travail. Rappellerons-nous que toutes les femmes ne vivent pas – et ne souhaitent pas – des carrières mirobolantes ? Nous ne sommes pas toutes « Miss Sloane ».

Charges patronales et salariales, quelques tentatives brouillonnes

Emmanuel Macron constate très justement la lourdeur de la fiscalité sur les familles françaises, compte tenu des services rendus. Il avait en conséquence, dans son projet, proposé la mise en place d’une diminution des charges patronales et salariales au profit de l’augmentation de la CSG. La CSG est une cotisation, mise en place en 1991, payée par toute personne bénéficiant d’une rentrée d’argent (quelle qu’elle soit), servant au financement de la protection sociale. Des revenus de remplacement, des plus pauvres comme les retraites aux plus incertains comme des placements ou des primes, sont alors taxés au même prix que ceux bénéficiant du confort du salariat.

Dans son programme cette disposition a disparu. Il est possible d’en tirer trois conséquences. La première est qu’Emmanuel Macron n’a pas abandonné l’idée d’augmenter la taxation, qu’il avait annoncée lors de son intégration sous la présidence de Hollande. La seconde conséquence concerne la défiance d’Emmanuel Macron envers le salariat français, qu’il estime être trop protégé et dont le modèle serait dépassé. On retrouve cette idée dans sa proposition de limitation légale des indemnités suite à un licenciement. Enfin, cette disposition ayant disparu, on peut tirer la troisième conséquence suivante : Emmanuel Macron a la volonté de plaire à son électorat au prix de mensonges et de changements incongrus pour arriver à ses fins. Malheureusement les adeptes de l’eau tiède ne font pas de bons présidents, seulement d’excellents candidats.

L’ISF en question

Pour n’indisposer personne, Emmanuel Macron abandonne également sa proposition de faire disparaître l’ISF au profit de la taxation de toute rente immobilière. Pour compenser la perte de l’ISF, Emmanuel Macron entendait taxer toute personne détenant une rente immobilière, mais pas ceux qui détiennent œuvre d’art, voiture, action et investissement autre que foncier. Mise en pratique, cette mesure aurait été une entrave sérieuse à la succession patrimoniale foncière pour les foyers à revenus modeste, en raison du coût de cette taxation nouvelle. Cette grave atteinte aux petits propriétaires, qui pensent encore que la pierre est un investissement sûr, se fait au profit de ceux qui ont les moyens de faire fructifier leur argent dans les flux immatériels. On voit là la préférence du candidat pour les bulles spéculatives plutôt que la réalité de notre patrimoine. Rattrapé par son électorat majoritairement cadre et souvent propriétaire, Emmanuel Macron opte finalement pour une diminution simple de l’ISF, sans compensation. Qu’en sera-t-il dans les faits s’il accède à la présidence ?

Rien ou presque pour les PME

D’après les sondages, Emmanuel Macron séduirait particulièrement les cadres et chefs d’entreprise. Pourtant, dans son programme, on ne trouve quasiment aucune mesure pour soutenir les PME et les TPE, qui forment pourtant la plus grande part du tissu économique français. Son programme se résume à la mise en ligne d’un site unique d’information sur les obligations légales et conventionnelles à respecter selon sa situation, et la disparition du RSI au profit d’un rehaussement du plafond du régime de la micro entreprise. La suppression du RSI semble nécessaire mais le régime de la micro entreprise n’est pas pour autant révolutionnaire…  Quand on pense au poids fiscal qui pèse sur les TPE et PME il y avait peut être d’autre choses plus précises à mettre en place.

Assurance chômage ou chômage dégressif ?

Pour garantir aux foyers même les plus pauvres l’accès à la consommation, Emmanuel Macron imagine, entre autres mesures, une assurance chômage pour tous. A noter que le chômage dégressif, initialement proposé dans son projet, a disparu de la mouture la plus récente de son programme, au profit de cette assurance chômage. Peut-être Macron s’est-il aperçu que cette mesure, déjà testée sans succès, n’allait aider que les chiffres du chômage, mais pas les personnes sans emploi ?

Emmanuel Macron promet désormais une assurance chômage pour les démissionnaires ainsi que pour les professions libérales. Cette nouvelle « assurance-chômage » est un concept vague : comment est-elle financée ? Par des cotisations volontaires ? S’agit-il d’une souscription obligatoire à l’attention d’un organisme privé ou publique ? Ne serions nous pas entrain d’assister à la confiscation de nos droits, par des entreprises privées, pour lesquels nous cotisons déjà massivement par nos impôts (cf. système américain) ?

 

Sacrifier la vie privée pour plus de sécurité

L’état libéral est sécuritaire par nature : dans toutes les doctrines libérales, il est envisagé comme le garant de la paix qui permettra la libre course des échanges. On retrouve cette préoccupation sécuritaire – évidement également marque du temps – dans le programme d’Emmanuel Macron, avec des dérives liberticides qu’il partage avec ses adversaires. Notons toutefois que son programme est moins audacieux et liberticide que son projet. La désignation de « responsables quartiers » initialement proposée, à l’image de ce qui a pu exister pendant les « heures les plus sombres de notre histoire », est remplacée par la mise en place d’une « police de sécurité quotidienne ».  Aux vues du personnage, nous avons tout à craindre de cette belle invention…

On retrouve cette tentation totalitaire dans sa manière de concevoir l’éducation, et notamment lorsqu’il explique vouloir rendre l’école maternelle obligatoire dès trois ans – sous couvert bien sur de lutte contre la radicalisation. Une telle mesure est non seulement liberticide – dans la mesure où elle prive les parents de leur liberté de choisir le mode et le contenu de l’instruction donnée à leurs enfants, mais également profondément totalitaire. Ce que sous-tend cette mesure, c’est l’idée selon laquelle les savoirs, les idées, la religion transmis dans les familles sont une source d’inégalité que le système républicain doit rectifier. Cette même défiance envers les familles était exprimée par le désormais célèbre mot de M. Peillon sur l’école, qui aurait pour objectif d’ « arracher l’enfant à ses déterminismes familiaux ». Nous ne pouvons considérer l’école comme une source d’émancipation des élèves lorsque celle-ci les prend au berceau pour les soustraire à leur culture familiale, dans un contexte où l’enseignement des « Valeurs Républicaines » est considéré comme supérieur à la transmission du savoir. Nier les réalités familiales, la nécessaire transmission au sein des familles, c’est piétiner le rôle des parents et en particulier celui des femmes, des mères de famille.

Parmi les dérives liberticides du candidat, on peut également citer une disposition d’apparence anodine : la mise en ligne de toutes les autorisations administratives délivrées aux particuliers. Cette mesure de transparence administrative permet en réalité la commercialisation et le libre accès à des données personnelles qui ne sont aujourd’hui pas rendues publiques pour des raisons évidentes de tranquillité et de discrétion des particuliers. Mesure économique ou mesure sécuritaire ? Les deux mon capitaine ! Emmanuel Macron semble partir du principe que ceux qui n’ont rien à cacher devraient se laisser épier.

Puisque c’est la consommation qui garantit la compétitivité d’un pays libéral, l’Etat doit s’organiser pour susciter l’acte d’achat chez le citoyen-consommateur. La surveillance généralisée proposée par Emmanuel Macron a ainsi la double fonction de contrôle de la sécurité et d’outil d’entretien du système. C’est elle qui permettra à l’Etat de mesurer qui participe, où, quand et comment au système de consommation, et de déterminer la meilleure manière d’activer cette participation.

 

Europe, quand tu nous tiens…

Les circonstances politiques actuelles sont considérées dans le programme d’Emmanuel Macron comme une situation de fait avec lesquels il faut composer sans jamais les interroger. Ainsi en va-t-il de l’hyper concurrence issue de la logique capitaliste. Emmanuel Macron veut faire de la France un état compétitif à l’international ; ne cesserons-nous jamais cette course où l’être humain n’est qu’une ressource pour le capital ?

Rien de révolutionnaire dans le programme d’En Marche. Emmanuel Macron n’est finalement que le candidat de l’harmonisation européenne, sacrifiant ce qu’il reste de l’indépendance française aux directives de Bruxelles en vue d’une « uberisation » de la société.

Quelques exemples pour terminer :

  • Emmanuel Macron est le candidat de l’Europe lorsqu’il pense son projet de sécurité sociale européenne, qui signe l’arrêt d’un système de remboursement pérenne. L’alignement sur le système polonais, grec ou italien, c’est la fin de la protection assurée par notre sécurité sociale actuelle. Si cette dernière est évidemment à repenser, la disparité des systèmes de remboursements européens, et l’écart des prix des médicaments sont tels qu’une harmonisation européenne s’imposerait au détriment de nombreux citoyens.
  • La manière dont il envisage le dialogue social n’est qu’une destruction des spécificités françaises de protection du salariat pour une meilleure compatibilité avec l’Europe. Si l’état actuel des syndicats est symptomatique de la dérive du dialogue social depuis des années, il n’en reste pas moins qu’un corps intermédiaire entre les salariés et les patrons est nécessaire pour éviter les vices de consentement au travail, et cela dans l’intérêt du salarié et comme de l’employeur. Le dialogue social pensé par Emmanuel Macron est un dialogue salarié contre patron sans intermédiaire. Les questions de droit social ou d’accord de branche sont toujours abordées par lui au prisme de l’Europe, retirant ce que le système français à de protecteur, sans ajouter les avantages des autres pays. Quand on connaît la difficulté qu’ont les femmes à négocier leur salaire il est évident que ces dispositions représenteront pour elles une catastrophe.
  • Il en va de même quand il parle de culture, d’autonomie des établissements scolaires ou de mise en place de secteurs d’apprentissage dès quatorze ans ; il ne s’agit que d’harmonisations aux directives de l’Europe. Si certaines de ces mesures sont positives, notamment en ce qui concerne l’apprentissage, elles n’en sont pas moins le témoin de la volonté d’Emmanuel Macron d’aligner la France sur l’Europe.
  • Citons encore sa volonté, réaffirmée à plusieurs reprises, de faire disparaître toutes les professions françaises réglementées. Or la solution à la corruption et l’enclavement économique de ces professions ne réside pas dans l’ouverture à la concurrence déloyale.
  • La multiplication des marchés uniques : le marché unique du numérique, le marché unique de l’énergie, etc.

Pour terminer cet état des lieux sur un peu d’humour, citons la proposition d’Emmanuel Macron de réduire les factures d’électricité des Français de 10%. Une initive positive sans doute, mais malheureusement incompatible avec les demandes de l’Union Européenne à laquelle il est pourtant si obéissant. Cette amusante incohérence méritait d’être soulignée !

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