Le programme de François Fillon

Commentaire du programme de François Fillon pour les élections présidentielles 2017

A l’occasion des présidentielles 2017, nous vous proposons une lecture croisée des programmes des cinq candidats les plus plébiscités dans les média – Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon – comportant notamment une analyse de leurs positionnements sur les questions féminines.

Nous vous proposons également un résumé de ce travail, et surtout, nos propres propositions aux candidats pour apporter des solutions concrètes aux problématiques des Françaises.

François Fillon, candidat à la présidence de l’UMP, pose ici à l’Assemblée Nationale.

L’affaire Pénélope occulte tout travail sur le fond du programme des Républicains. Malgré la primaire qui annonçait des divergences « cruciales » entre les candidats de la droite républicaine, François Fillon reste le candidat du parti, comme en atteste son programme : il est héritier de l’affairisme et de l’opportunisme du parti. Fausse critique de l’Union Européenne, posture empreinte de progressisme – François Fillon est fidèle à ce que fut l’UMP et à ce que sont aujourd’hui Les Républicains. Il est le candidat de la continuité et du zéro changement, il reprend l’existant, avec quelques réorientations futuristes dans le domaine du numérique.

Le programme des Républicains, c’est un petit mot gentil pour chaque profession et chaque situation, famille de veuf, famille avec enfant handicapé, chômeurs, pêcheurs ou chasseurs. En revanche, pas de pitié pour les fonctionnaires dont le régime est définitivement aligné sur celui des salariés.  Cette mesure va dans le sens d’une précarisation générale de la société, que l’on remarque aussi dans le programme du mouvement En Marche, avec la disparition des professions règlementées, et dans celui du Part Socialiste lui-même, avec la proposition d’instauration du revenu universel.

 

Fiscalité : la précarisation organisée

Les quelques mesures de François Fillon concernant la fiscalité ne sont pas révolutionnaires. Comme dans les autres programmes, c’est une précarisation progressive de la société qui s’organise.

Nous retrouvons la saine volonté des Républicains d’alléger la fiscalité des entreprises par la réduction des charges patronales et salariales.  Cette mesure, proposée par tous les candidats, traduit les inquiétudes des politiques autour de la question de l’embauche en France : nous sommes l’un des pays d’Europe les plus chargés. Si ce consensus représente a priori une bonne nouvelle, sinon une nécessité, il est important que cette baisse des charges ne concerne pas uniquement les SMIC – ce qui créerait un plafond de verre pour les progressions de carrière.

Toujours dans les mesures fiscales, Fillon prévoit également, comme beaucoup de candidat, une baisse significative de l’ISF (25%). Intéressante pour les particuliers, cette mesure risque d’inquiéter les associations, pour qui l’ISF occasionne des dons conséquents. Aucune solution n’est évoquée pour palier ce manque à gagner des associations.

La Loi Macron, qui précarise en premier lieu les femmes, n’est pas modifiée par le candidat des Républicains. Pour rappel, cette loi a pour effet la mise au travail des femmes le dimanche dans les zones touristiques nouvelles que sont les grandes surfaces puisqu’elles occupent une écrasante majorité des postes concernés par la mesure.  Les Républicains proposent même d’aller plus loin, avec le plafonnement des indemnités de licenciement et la restriction des sujets de négociation dans les accords de branches – ce qui mène à terme la destruction des syndicats déjà amorcée.

Pour ce qui est de la fiscalité des petites et moyennes entreprises, le candidat des Républicains prévoit de doubler les seuils sociaux d’employés. Mais ici encore rien n’est pensé pour alléger le poids des congés parentaux pour les entreprises.

Nous notons également la disparition très demandée du RSI.

Comme la plupart des candidats, François Fillon organise en réalité la mort du salariat – et la précarisation de la société qui en est le corollaire. Il s’agit en l’occurrence d’abolir les 35h, et de permettre aux nouvelles entreprises de définir sans convention préalable un temps de travail de 39h.

La destruction définitive des avantages des fonctionnaires va également dans le sens d’une précarisation générale de la société. Si un régime aussi distinct de celui des emplois privés représente une injustice évidente, le nivellement par le bas n’est pas la solution. Les avantages des fonctionnaires (flexibilité du temps de travail, reconnaissance de carrière par l’avancement, sécurité de l’emploi, adaptabilité des postes aux difficultés individuelles) étant particulièrement favorables à l’emploi féminin, nous nous étonnons que personne n’envisage de s’en inspirer pour encourager l’égalité des sexes dans le monde du travail.

 

Les femmes et les enfants d’abord !

Premier constat : le candidat met les femmes et les enfants dans le même sac. No comment, mais on n’en pense pas moins.

Pour ce qui est des propositions positives, François Fillon propose d’aider les foyers monoparentaux, en leur accordant la priorité dans les crèches – ce qui est déjà le cas légalement, mais pas dans les faits, comme le montre l’étude de l’INED – et en favorisant l’entraide générationnelle pour les mères célibataires. Mesures intéressantes peut-être, mais largement insuffisantes.

Une autre mesure du candidat, favoriser l’’hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violences, reste incomplète. Il s’agit effectivement d’une priorité au vu des listes d’attente. On saluera également l’augmentation du nombre de places dans les prisons pour les coupables. Manque pourtant à ces proposition des mesures assurant que ces derniers soient punis : elles ne resteront qu’un vœu pieu sans l’abolition de la loi Taubira.

Quant à la parité au gouvernement que François Fillon appelle de ses vœux, elle ne résoudra évidemment pas le problème de l’absence des femmes en politique. Considérée comme dangereuse, chronophage, peuplée de courtisans et d’arrivistes, la vie politique est fuie à juste titre par la plupart des femmes. Moralisation et réorganisation de la vie politique ne seraient-elles pas une meilleure amorce de solution qu’une politique de quotas ? L’expérience prouve que cette dernière tend au contraire à favoriser la misogynie ordinaire, puisqu’elle pousse à faire appel aux femmes pour remplir les quotas et non pour leurs compétences personnelles. Dans le même ordre d’idées, François Fillon propose de « supprimer les aides publiques à toutes les associations qui ne respectent pas l’égalité homme/femme. » Pourquoi pas ? Après tout, cette proposition absurde nous débarrassera peut-être d’Osez le Féminisme !

François Fillon propose enfin d’« aider les associations de mères qui luttent dans les quartiers contre la radicalisation de leurs enfants ». Le rôle des mères selon Fillon serait donc un rôle de surveillance sociale et de commérage – n’en déplaise à la lutte contre les stéréotypes… Au-delà de cela, il s’agit d’un encouragement à la délation spécifiquement adressé aux mères signalant à la police leurs propres enfants. La mesure se passe de commentaires !

 

Education : la liberté en danger

Sur la question scolaire, le programme de François Fillon est inquiétant – notamment au sujet des facultés. Le candidat propose en effet le rapprochement des universités et des entreprises, pour un financement mi-privé mi public de notre enseignement supérieur. Les entreprises formeront ainsi leurs cadres et leurs consommateurs au sein des universités, sans permettre un enseignement autonome de l’économie contemporaine aux étudiants. a vie de l’esprit est asservie à l’économie. Tout notre système éducatif a déjà pour objet l’insertion et la reproduction socio-économiques, comme le montre brillamment Michéa dans L’Enseignement de l’ignorance. Le financement des facultés par des entreprises à objectif économique est une menace pour l’autonomie intellectuelle de nos étudiants. Par ailleurs, si un rapprochement des universités avec le monde du travail peut être à certains égards, on peut craindre qu’à l’image des produits de grande consommation, des formations pensées uniquement en fonction des besoins ponctuels et immédiats des entreprises ne soient des cursus à date de péremption courte, voire à obsolescence programmée. Quid ensuite des jeunes travailleurs uniquement formés à couvrir les besoins de telle ou telle entreprise lorsque ceux-ci auront changés ?

Par ailleurs, Les Républicains comme les autres candidats mettent un point d’honneur à faire de l’apprentissage une priorité. Il est certain que le recul de l’âge d’arrivée sur le marché du travail est préjudiciable notamment aux jeunes en difficulté scolaire. Mais les mesures proposées ne constituent pas toujours une véritable avancée. Proposer des stages au collège, par exemple, est une mesure inutile – nous savons bien que les entreprises n’ont pas le temps d’accueillir les jeunes élèves, et que ceux-ci n’auront pas une idée réelle de la vie professionnelle qui les attend par ces stages.

La proposition du candidat concernant l’armée pour les plus jeunes (« développer le mouvement des cadets de la défense pour les jeunes de 12 à 18 ans ») semble quant à elle dangereuse. Les jeunes élèves de douze ans passionnés par l’armée n’ont pas la distance suffisante pour comprendre les tenants et aboutissants d’un tel engagement, et risquent au contraire un embrigadement peu conforme au développement de l’autonomie de l’élève souhaitable dans un système éducatif.

Enfin l’absence de dispositions concernant l’instruction à domicile ou l’autonomie des établissements scolaire constitue une validation en creux du projet Ciotti. Le programme garantit la possibilité d’une instruction sur mesure (et donc éventuellement à domicile) pour les élèves handicapés. Or le handicap ne doit pas être le seul motif permettant aux parents de choisir l’instruction en famille.

 

Un candidat sinophile et européiste

Les Républicains sont les seuls à dessiner une stratégie internationale. Un point nous interpelle : il s’agit du rapprochement avec la Chine en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Cette allusion étrange au terrorisme au sujet de la Chine est en lien avec le cyber-contrôle que Fillon veut mettre en place. La Chine est en effet pionnière dans l’utilisation massive de logiciels de reconnaissance faciale a des fins de sécurité et d’économie, et autres techniques parfaitement liberticides en matière de contrôle de population. Ce rapprochement constitue donc une menace évidente pour nos libertés individuelles.

Concernant l’Union Européenne, nous constatons chez François Fillon un européisme économique étranger aux postures traditionnelles de la droite conservatrice ou souverainiste. Européiste en matière de transport, François Fillon s’aligne également sur les directives européennes par la destruction des professions règlementées ou encore par le maintien de la loi Macron, venue satisfaire sur le tard les exigences européennes.

 

Vers le transhumanisme 

Ce qui nous a le plus interpellées dans le programme de Fillon, ce sont ses dispositions dites « urgentes », véritable avant-poste du transhumanisme. Non y retrouve tous les mots clefs du transhumanisme : cybersurveillance, e-santé, agritech, blockchain, open data pour tous… L’urgence pour les Républicains semble d’être d’encourager la mutation de notre société en cybersociété. Si l’on ne peut pas forcer les gens, changeons les. Le programme de François Fillon énonce est plus claire encore sur ce point que ceux d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Quelques citations permettent d’en prendre la mesure : « Faire de la télémédecine et de la e-santé un levier pour la modernisation et l’efficacité de notre système de soins : généraliser la télémédecine et les téléconsultations, grâce à un remboursement incitatif de ces actes, qui soit adapté à la prise en charge pluridisciplinaire ; permettre le déploiement rapide des objets connectés de santé, notamment pour un meilleur suivi de l’observance des soins à distance ; déployer l’analyse massive des données de santé en utilisant les nouvelles technologies de big data et d’intelligence artificielle ; rendre plus efficient le parcours de soins du patient grâce au développement de plateformes de services numériques. »

Ou encore : « Assurer la cybersécurité des citoyens, des entreprises et des institutions. Pour cela, modifier le cadre réglementaire européen, d’une part en exigeant que toute activité sensible en Europe soit supportée par des solutions (hardware et software) maîtrisées ; d’autre part en acceptant des dérogations aux règles de la commande publique lorsque notre autonomie stratégique et notre cybersécurité sont en jeu. »

L’objectif numéro 1 en matière économique est l’association avec l’Allemagne sur des projets comme les voitures autonomes ou le bâtiment connecté.

Notre engagement de femmes nous porte à nous opposer, fermement et radicalement, à cette technophilie sans recul. Prétendre résoudre des problèmes humains par la technique, comme les déserts médicaux avec la e-santé, ou le terrorisme avec la cybersurveillance, est un leurre. Plus encore : cette fuite en avant de la technique annonce l’ère de homme augmenté, le transhumain dont l’outil n’est plus un adjuvant extérieur, mais une seconde nature. Avec la e-santé et la cybersurveillance, l’homme défie tant l’espace que le temps, repousse les limites de l’humain ; la société qui s’annonce n’est plus à la mesure de l’homme, elle est dé-mesurée par l’hybris technicienne. Une e-consultation, une caméra de surveillance, peuvent sembler anodins à première vue – de simples outils pratiques correspondant à nos nouveaux besoins ; mais il faut les remettre en perspective, et ne pas perdre de vue l’horizon qui se dessine : celui du transhumanisme.

Les femmes sont  les derniers remparts à cette société liquide, à ses fantasmes de rapidité, d’immédiateté et de toute-puissance. Le corps féminin, avec ses cycles, ses grossesses, sa fécondité, est par nature hors de l’illimité. Un cycle féminin est un éternel retour dans lequel ce qui est possible aujourd’hui ne l’est pas demain. Le corps des femmes est changeant, son temps est discontinu – premières règles, grossesses, enfantements, allaitements, sevrages, ménopause le rythment, le limitent, y créent des ruptures et des points de non-retour. Ce temps des femmes est à la base de toute vie humaine, de toute organisation sociale. Lorsque l’illimité du temps et de l’espace devient une solution aux problèmes humains, la société se retrouve orientée tout entière vers la disponibilité humaine, y compris celle des femmes. La maternité naturelle est une barrière à cet illimité ; elle sera donc le dernier obstacle à éliminer. De la voiture autonome à l’utérus artificiel, il n’y a finalement qu’un pas.

En outre, la simple idée de remettre nos vie au bon fonctionnement des machines – qu’il s’agisse de la protection de nos donnés, de la sécurité ou de la santé humaine – est une aberration anthropologique. Ne serait-il pas considéré comme un fou, l’homme qui verrait son salut et sa liberté dans un marteau ou une faucille ? Cette obsession technicienne et matérialiste réduit l’homme à l’état de prototype en évolution ; la sécurité et l’efficacité s’achètent au prix de notre liberté.

Soulignons un dernier détail : la e-santé et les techniques de cyber-surveillance fonctionnent grâce à des bases de données qualifiées et chiffrées ; or le commerce de donnés est certainement le plus lucratif des marchés. Nos vies personnelles – nombre d’enfants, opérations chirurgicales, maladies traversées, anomalies génétiques, habitudes alimentaires, itinéraires quotidiens, transactions monétaires… seront vendues à prix d’or, et serviront les banques et les compagnies d’assurances en quête du risque zéro, ou encore les sites de rencontres, les distributeurs de cacahouètes, les écoles, et même votre employeur.

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