Joies du vivre-ensemble : les réunions en non-mixité

Au lendemain de l’évacuation de la fac de Tolbiac, une étudiante avait revendiqué le droit des minorités non-racisées à se regrouper. Pour les Antigones, son raisonnement n’est pas totalement dénué de fond.

Les lecteurs ont peut-être vu passer dans leur fil Facebook, ou tout autre pourvoyeur moderne de vidéos amusantes, la diatribe de Juliette, élève de Tolbiac, revendiquant sur LCI le droit des minorités non racisées à elles aussi se regrouper. Le fou rire passé, nous aimerions tout de même souligner le bon sens – oui oui le bon sens, de ces propos.

Commençons par resituer l’anecdote. En pleine occupation des facultés pour contester les réformes de M. Macron, LCI interroge devant Eugénie Bastié, Robert Ménard, Romain Goupil et David Pujadas une jeune élève de 19 ans sur l’évacuation de la faculté qu’elle occupait avec ses camarades. Celle-ci défend l’importance pour des personnes « racisées » ou encore des « minorités de genre » et autre licornes à pois bleus de se regrouper entre-soi pour leur permettre d’identifier leurs besoins propres, la parole étant « plus libérée » dans le cadre de ces groupes excluants.

Une fois passé l’étonnement devant l’endoctrinement de la jeune fille, il s’agit d’analyser le fond de cet échange. Juliette pose comme justification pour l’existence de tels groupes exclusifs l’existence d’une oppression systématique, celle des mâles blancs hétérosexuels pour faire court. Ne réduisons pas ces propos aux délires ethno-masochistes d’une jeune fille endoctrinée par l’idéologie du vivre ensemble : ils sont révélateurs d’une mouvance plus profonde, celle des « social justice warriors ».

Ce type de courant politique, très présent aux Etats-Unis, se caractérise par son activisme politique. Il propose aux personnes « gender-fluid », non cis-genrés, racisés et autres monstres à deux têtes engendrés par notre société libérale-libertaire atomisée de se regrouper et de revendiquer pour eux-mêmes des droits qui leur sont propres. Juliette n’est que l’avant-garde de ce courant de revendications de ceux-celles, icelles, celle·e·s (?!) qui se sentent « liquides ». Étant donné l’inculture politique de nos contemporains, ce type de discours est voué à croître et multiplier : il fonde ses revendications politiques sur un ressenti subjectif, argument d’autorité du moment, et/ou des pratiques sexuelles.

Les autres invités de M. Pujadas, la sidération passée, s’opposent unanimement à Juliette. Les arguments restent pourtant très en surface. Robert Ménard et Eugénie Bastié objectent avec justesse que les mâles cis-genre ne peuvent pas, eux, bénéficier de tels espaces. La journaliste renvoie par ailleurs Juliette à la « violence » des slogans des élèves occupants – un pas de plus et elle aurait repris les arguments classiques de la police de la pensée féministe (« Macron, le peuple aura ton fion » ne serait pas un appel au viol ? Pire, un appel au viol qui stigmatise les pratiques sodomites !). Au final, Juliette ne se verra opposer que l’incohérence de son propos, soit l’inégale accessibilité des mâles blancs à cet entre-soi.

Pourtant, à y regarder de plus près, Juliette marque un point : il est plus facile de parler lorsque les personnes sont regroupées selon des critères communs. Oui, l’entre-soi peut être une bonne chose ! Merci Juliette de nous le rappeler. Derrière la novlangue du propos se cache le mal-être d’une société en manque d’identité et d’appartenance communautaire. Juliette repose finalement à nouveau frais la question de la mixité forcée, du vivre-ensemble imposé qui mélange sans distinction sexes, origines, cultures, modes de vie… sous couvert de tolérance et d’ouverture. Ayant aboli les frontières au profit d’un grand marché commun et refusé toute forme d’appartenance traditionnelle comme une oppression, la société contemporaine ne reconnaît à ses membres qu’un point commun justifiant leur cohésion : leur humanité commune. Il n’est finalement que naturel que, dans ce chaos généralisé, cherchent à se recréer des groupes d’appartenance.

Si Juliette a raison lorsqu’elle explique la nécessité de groupements autour d’intérêts commun pour la réflexion, la transmission, le partage, etc., il est important de souligner que ces groupements ne peuvent en aucun cas être politiques. Le politique est ce qui unit une société et doit devenir lui-même un socle commun, ce commun qui nous manque tant aujourd’hui et dont souffrent sans pointer le mal les jeunes licornes à pois bleus non genré·e·s futurs diplômé·e·s de Tolbiac.

Si la possibilité de l’entre-soi est une condition du politique et que les groupements privés ont un intérêt certain, dans une société où le bien commun est une notion disparue, ces groupes d’appartenance privés tendent à prendre le dessus. C’est le règne du communautarisme sans identité et du « droit à » pour certains. Pour éviter un tel écueil, il est temps de reconnaître ce que nous avons de commun, ce qui fait de la nation française un peuple : une histoire, un territoire, une langue et un sang ; et de redonner ses lettres de noblesse au bien commun, seul objectif valable pour une politique ancrée dans la réalité.

Article publié sur le site de Valeurs Actuelles le 25 mai 2018

2 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    antidogme

    Je vois que c’est issu de Valeurs Actuelles mot pour mot ?

    Je vous tiens bien plus en estime que ce journal, j’aurais été curieux d’en lire votre analyse avec votre sagesse et bienveillance, que je ne trouve pas qu’ils possèdent !

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