Aliénor d’Aquitaine : une femme deux fois reine

Quelle femme passionnante et passionnée qu’Aliénor d’Aquitaine ! Comparée à Mélusine – parce qu’elle a abandonné son époux, tout comme la légendaire fée le fait une fois la nuit tombée – cette figure emblématique de la féminité médiévale, deux fois reine, a joué un rôle politique de première importance au XIIe siècle. Femme pleine de vie, excellente cavalière, comme elle eut l’occasion de le prouver lors de la deuxième croisade, amoureuse de la poésie (ce que les poètes lui rendent bien), la fière Aliénor se démarque de l’image d’Épinal de la femme médiévale recluse et soumise à son époux – ce qui est loin d’être le cas la concernant !

Fille de Guillaume le Troubadour, Aliénor naquit vers 1122 sous le soleil de la Gironde. Elle grandit dans la très raffinée cour d’Aquitaine, berceau de l’amour courtois, où la féminité est célébrée et les libertés beaucoup plus grandes qu’à la cour de France. Il y règne donc un climat favorable à l’épanouissement d’une jeune fille comme Aliénor. À quinze ans, elle entre une première fois dans l’Histoire en épousant le futur roi de France, Louis VII, en 1137. Celui-ci, impressionné par la beauté et le caractère impérieux de sa femme, en tomba fou amoureux. Une succession de décès dans la Maison de Poitiers faisait d’Aliénor l’héritière du puissant domaine d’Aquitaine, si bien que le mariage de ces deux jeunes gens permit d’unifier deux des États les plus puissants de l’Europe continentale.

N’hésitant pas à critiquer les choix politiques de son mari, Aliénor d’Aquitaine entretient des relations tumultueuses avec Louis VII, à qui elle reproche de se comporter en moine plus qu’en mari, et la cour vit au gré des intempéries de ce couple instable. On croit néanmoins, en 1151, que les deux époux se sont réconciliés. Mais la fougueuse Aliénor n’a pas dit son dernier mot : mettant à exécution la menace faite à Louis lors de la deuxième croisade, elle parvient à faire annuler son mariage par un concile réuni à Beaugency en mars 1152, sous prétexte d’un cousinage au quatrième degré. Un beau jour de printemps, on apprit qu’elle était partie avec sa suite en direction de Poitiers pour épouser Henri Plantagenêt, le futur roi d’Angleterre !

Cet époux fut, cette fois, choisi par Aliénor, et son remariage inspira ce chant de joie en langue d’oc :

À l’entrée du temps clair,
Pour la joie retrouver
Et le jaloux irriter,
La reine nous veut montrer
Qu’elle est amoureuse.
(…)
Mais rien n’y fera ;
Elle ne veut d’un vieillard.
Mais d’un jeune bachelier
Qui bien la sache amuser,
La Dame charmeuse.
Celui qui la voit danser
Et son gentil corps tourner
Il peut dire en vérité
Qu’il n’est femme à comparer
À la reine joyeuse.
Allez, allez-vous en, jaloux !
Laissez, laissez-nous
Danser entre nous !

Suite aux tromperies de son nouveau mari, pour le moins volage, avec la Belle Rosamonde, Aliénor s’exile à Poitiers, où elle s’entoure d’une importante cour composée de poètes et d’artistes, amour sans doute hérité de son enfance passée à la cour d’Aquitaine. Elle mène ainsi une politique de mécénat littéraire, peut-être plus importante que l’on croit. On estime que pas moins de six ouvrages ont été financés par Aliénor, dont un, le Roman de Brut, qui lui est dédicacé. Aliénor, qui assiste à l’émergence du style gothique, y aurait fait également construire la cathédrale Saint-Pierre, ainsi qu’agrandir son palais poitevin. Aliénor a cependant la rancune tenace et elle entraîne ses fils dans un conflit contre leur père. Henri II fait rechercher sa femme qui est retrouvée affublée en page ! Ironie de l’histoire : Henri II ne parviendra pas à faire annuler son mariage avec Aliénor, alors qu’il y a entre eux exactement le même degré de consanguinité qu’entre Aliénor et Louis – la répudiation au Moyen Age ne se fait pas toujours dans le sens auquel on pourrait s’attendre…
Désormais reléguée au couvent de Winchester, elle est libérée par son fils, Richard Cœur de Lion en 1189, à qui elle fait prêter serment. Elle retourne ensuite à Poitiers, sa ville fétiche où Aliénor s’implique dans l’éducation de Blanche de Castille, mère de Saint-Louis, qui régnera sur la France entre 1226 et 1235. Elle y meurt en 1204, à l’âge honorable de quatre-vingt-deux ans.

Sara, Antigone à Paris

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